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11 décembre 2008 4 11 /12 /décembre /2008 06:07

Un jour, une question très simple me fut posée :“Qu'est ce que l'enseignement social chrétien ?“ N'ayant pas beaucoup de temps pour trouver une réponse suffisamment développée, car je participais à une émission radio en direct, je répondis tout simplement : „C’est la mise en application des dix commandements dans les questions de la vie sociale“. Cette réponse spontanée, peut-être trop simple, m’a paru juste. J’y reviens donc très souvent.
L'enseignement social de l'Eglise catholique propose l’édification d’une civilisation nouvelle, civilisation de l'amour d’après les exigences issues de la foi chrétienne.  Dans cette perspective, les fondements de l’enseignement social chrétien reposent sur la Bible et sur la Tradition de l'Eglise. Cependant, cela ne suffit pas pour élaborer notre développement en tenant compte des questions morales complexes posées par le monde actuel. De fait, cet enseignement implique des dimensions pluridisciplinaires. Parmi les sciences tenant un rôle important dans le contenu de l'enseignement social chrétien, il n’est pas possible d’ignorer la philosophie, en particulier l'anthropologie et pas n’importe quelle anthropologie! Si nous redisons à la suite de notre Pape Jean-Paul II, dans son encyclique Redemptor hominis, que „l'homme est la route de l'Eglise“, l'anthropologie entre au coeur de l'enseignement social de l'Eglise.

Avant la parution de sa célèbre encyclique Rerum Novarum, le Pape Léon XIII a mis en évidence les fondements solides sur lesquels il a bâti son intervention à propos des problèmes sociaux à résoudre de toute urgence. En 1879, fut publiée son encyclique Aeterni Patris. Il me semble, malheureusement, que ce document ait été mal perçu. Cette encyclique fut réduite au fil des ans à des débats entre philosophes scholastiques et thomistes. En Pologne, comme dans d’autres pays, on schématisait en disant qu’elle était “l’encyclique qui a réintroduit le thomisme dans les écoles catholiques comme une philosophie obligatoire”. Il est vrai que le contenu de ce document pontifical a provoqué une discussion à l’intérieur même de l’Eglise sur la place de la philosophie de saint Thomas d’Aquin, “le Docteur Angélique”, dans les programmes de l’enseignement dans les universités catholiques. Après des années de conflits intellectuels, l'encyclique Aeterni Patris a porté les fruits du renouveau de la philosophie néoscholastique avec des interprétations différentes. Au début du XXème siècle, de remarquables thomistes tels que le Cardinal Mercier, le Père Garrigou-Lagrange, Jacques Maritain et Etienne Gilson, nous ont montré la richesse tant ignorée, abandonnée et oubliée de la philosophie de saint Thomas d'Aquin, comme la pensée des Pères de l'Eglise. Il faut dire que l'inspiration du Pape Léon XIII à ce sujet fut primordiale.

Toutefois, en rédigeant cette encyclique, Léon XIII n’écrivait pas en vue de réformer les programmes universitaires, mais en tant que Pasteur responsable de l'Eglise Universelle. Alors, pour mieux comprendre son message lancé avec une vigueur extraordinaire, il est indispensable de réfléchir à cette encyclique précédant Rerum Novarum. D'abord le pape, en tant que philosophe, avait remarqué que l’idéalisme allemand et le matérialisme positiviste, régnant dans la mentalité intellectuelle, provenait des égarements intellectuels au XIXème siècle issus des idées du siècle des Lumières . Nulle part ne peut être trouvée la possibilité de poser une question d’ordre moral. L'idéalisme scientifique ignorait un tel domaine qui avait été réduit au domaine strictement privé. Qu'est-ce que cela peut concrètement signifier ? La réponse est simple. Il s’agit du relativisme moral.

Comment faire face à cette situation difficile, dangereuse voire même dramatique? Le Pape Léon XIII au début de son encyclique Aeterni Patris nous rappelle une pensée de saint Thomas d'Aquin;  Si la raison se trompe, la volonté n'a pas de point d'appui. Elle tombe dans des erreurs morales. Si la raison est droite, bien placée sur des principes solides, elle doit être capable d’atteindre la vérité et, au niveau social, donner des fruits pour le bien commun et individuel. 

Pour faire face aux obstacles et aux erreurs de la raison, il faut s’appuyer sur une vraie philosophie. Les apologistes chrétiens en étaient convaincus. Pour défendre la foi chrétienne menacée par les philosophies païennes qui “affirmaient qu’il y avait plusieurs dieux, que le monde materiel n’a ni commencement ni cause, que le cours des choses n’est pas régi par le conseil de la divine Providence, mais qu’il est mû par on ne sait quelle force aveugle et par une fatale nécessité”, ils ont utilisé les mêmes arguments de la raison issus de la philosophie grecque. Il est vrai que cette philosophie est née de la raison pure, même si elle est païenne. Mais la raison droite, fidèle à la réalité, est capable d'atteindre la vérité. La philosophie, fruit de la raison, peut nous conduire à la foi en établissant la concorde entre la foi et la raison.  La philosophie, domaine de la raison, est commune aux dialogues avec le monde païen. Dans l’histoire, les apologistes ont considéré qu’il s’agissait d’une opposition entre les chrétiens, pour qui la Révélation divine était reçue dans la foi, et le monde grec élevé à la sagesse païenne. Aujourd'hui, cette opposition existe entre l'enseignement social chrétien et une culture laïque si souvent païenne. C'est pourquoi Léon XIII, au cours du XXème siècle, nous rappelle que les apologistes se jetaient à l’arraché sur l'arme des ennemis, l'arme de la raison, pour la retourner contre eux.

La recherche de la vérité n'a jamais été une tâche facile. Léon XIII, tout en admirant la grandeur de la raison, nous montre aussi ses faiblesses. C'est pourquoi Dieu nous a donné, outre la raison, la grâce de la lumière de la foi. Il n'y a aucune contradiction entre la Révélation reçue dans la foi et la raison, bien au contraire.  Le Pape Léon XIII a présenté un vaste panorama sur la pensée des Pères de l'Eglise rassemblée dans les nombreux ouvrages de la scholastique, en particulier chez saint Thomas d'Aquin. Ce panorama a montré la nécessité d’élever la raison à un ordre moral considérant le niveau social et individuel. En effet, la raison a besoin de s’appuyer sur la foi, source de lumière pour la raison en recherche de vérité, et force de courage volontaire en vue de faire le bien.

Il parait difficile de trouver des références plus sérieuses et plus claires, les textes de référence actuels provenant du Pape Léon XIII, pour réfléchir aux questions abordées dans l'enseignement social chrétien. En citant pour exemple la philosophie de saint Thomas d’Aquin, Léon XIII ne donne pas seulement un exemple ou une illustration, mais veut indiquer quelle philosophie ou quelle anthropologie est capable de répondre aux égarements de la fin du XIXème siècle, causes du relativisme moral et même épistémologique actuel. La réponse est due à l’enracinement de la philosophie thomiste est dans le réalisme de la philosophie d'Aristote, fidèle au réel. Le pape a montré, en rappelant la nécessité de faire appel à la raison pour rétablir un ordre moral dans la vie sociale, que l’Eglise fut accusée à tort depuis par les philosophes du siècle des Lumières. Ils ont étouffé la raison et l’Eglise revient au premier rang par sa présence dans l’ordre moral et social en insistant sur la nécessité de faire appel à la raison. Il faut malheureusement constater que depuis Aeterni Patris, la situation ne s'est pas améliorée et qu’elle s'est dégradée.
    Cependant le message du Pape Léon XIII, dont son épistémologie de l'enseignement social chrétien, reste tout à fait d’actualité. Les écrits de Jean-Paul II, qui se réfèrent à l'enseignement de Léon XIII, en témoignent. Il suffit de relire l’encyclique Fides et ratio pour constater la ressemblance évidente avec l'encyclique Aeterni Patris.

Le contexte actuel

En ce début du XXIème siècle, l'homme est lourdement menacé sur plusieurs plans. Après des siècles où l’homme se glorifiât à la place de Dieu,  il est devenu l'objet de menaces aux différentes étapes de sa vie, en particulier celles où il est le plus fragile. Le formidable développement actuel de la médecine est cause de nouvelles tentations destructrices au lieu de le protéger. L'avortement, la conception in vitro, les nombreux enjeux génétiques allant jusqu'au clonage ou à l'euthanasie, en sont des exemples frappants. Si l'enseignement social chrétien a pour objectif la protection des droits de la personne humaine, le droit à la vie doit en être le centre. Aussi, ce n'est pas un hasard si la dernière rencontre annuelle de l'association internationale pour l'enseignement social chrétien s’est réunie autour du Cardinal Raffaele Martino dans les locaux de la Commission Pontificale Justice et Paix au Vatican. Le thème de réflexion choisi était : “La protection de la vie: mission de l'enseignement social chrétien”. En rappelant les thèses principales du “Compendium de la Doctrine Sociale de l'Eglise” , le Cardinal Martino a souligné que la loi pour la vie est la principale loi, “la loi de la loi”, car c’est sur la question de la protection de la vie humaine que l’humanité passe un examen décisif. Si nous ne respectons pas la vie, nous ne pouvons pas respecter l'homme. Cette thèse simple, presque naïve, reste le point de référence qui éprouve notre conduite dans de nombreux domaines.

Quelles sont les domaines où nous pouvons aujourd'hui mener notre combat pour la vie ? En ce début de XXIème siècle, la protection de la vie humaine est un problème d’ordre médical, familial, économique, politique, écologique, mais aussi théologique, philosophique et moral. Il n’est pas possible de traiter ici de tous ces domaines. Par contre, nous voulons apporter quelques réponses aux questions essentielles et vitales. En cette période où d’énormes progrès scientifiques offrent d’innombrables possibilités aux hommes, pourquoi la vie humaine est-elle plus que jamais menacée? Cette menace est-elle plus dramatique que jadis ? Où sont les fruits de l’humanisation de notre culture, si nous doutons de la valeur de la vie humaine comme telle? Quelles solutions trouver ? Comment dialoguer dans notre culture sachant qu’elle a perdu le sens de la personne humaine et le sens de sa vie ?

Rien de nouveau ?


Quelqu'un peut dire: “Rien de nouveau”. L'homme est soumis à de multiples tentations depuis le péché originel : l'avortement, l'euthanasie ou le suicide assisté sont connus depuis toujours. Les traces de ces menaces sont citées dans le “Serment d'Hippocrate” écrit, d’après les estimations de chercheurs, environ trois mille ans av. J.C. 

L’un des débats actuels qui se déroule sous nos yeux concerne un des problèmes les plus importants: celui de la vie. Aussi, la tâche de l'enseignement social chrétien est-il de protéger la vie dans toutes ses phases, de la conception jusqu'à la mort naturelle. Après des siècles au cours lesquels l'homme a été tenté de prendre la place de Dieu sur terre (Descartes, le siècle des Lumières, le positivisme), il se trouve placé au coeur de menaces multiples. Peut-être, n’est-ce pas encore là le danger le plus effrayant ? Pendant le colloque réuni au Vatican, nous avons constaté que nous assistions aux actes de la légalisation des structures et des formes du péché. L'avortement, l'euthanasie et les autres actes criminels sont devenus objets de documents et d’institutions juridiques légaux. Tout ce qui se passe sous nos yeux en Hollande, en Belgique ou en France illustre par des exemples cette perversion de la pensée sur l'homme qui prétend remplacer Dieu, du moins remplacer la destinée surnaturelle et divine de sa créature. La perversion de la liberté humaine a ainsi dépassé la nature même de la raison. Etre libre, ce n'est plus pouvoir de choisir le bien, son bien, mais de choisir en toute liberté entre le mal et le bien! Voilà la perversion et quelle perversion !

Dans la conscience d’un lecteur de la presse quotidienne, l'avortement est devenu une méthode normale et courante de contraception, pour ne pas dire banale, de même que l'euthanasie est devenue une thérapie comme une autre, et si efficace contre la douleur en phase finale de la vie ! Ce contre-sens quotidien va encore plus loin en nous montrant la dignité de l'homme en train de mourir dans une clinique spécialisée, soit au moment qu’il a choisi, soit au moment choisi par le médecin. Plus de dix ans, j'ai enseigné à l'Académie de Médecine de Varsovie, en disant aux étudiants que la médecine est fondée sur la confiance créée entre deux personnes : celle qui a besoin d'être traitée par une thérapie médicale et celle qui est capable de répondre à ce besoin. Si nous allons chez le médecin, c'est parce que nous sommes convaincus que le médecin est notre avocat, le protecteur sérieux de notre vie et de notre santé.  Au moment où fut légalisée l'euthanasie, cette relation est tombée effondrée et nul ne peut la remplacer. Le médecin, qui à l'époque d'Hippocrate était un soutien moral, même spirituel pour le patient, peut devenir un assassin protégé par les instruments de la législation. Dans ce cas, on ne peut plus évoquer la confiance sur laquelle se fondait la médecine. Au moment de notre plus grande faiblesse, notre protecteur peut se déguiser en ce “sauveur” qui va nous “sauver de ce monde”.

Avec les législations sur l'avortement et l'euthanasie pratiquées dans des cliniques officielles, la protection de la vie est devenue un problème juridique, politique, social et même culturel avant d’être moral. Il m’a été demandé un jour d’élaborer un programme d'éthique médicale pour les étudiants de médecine. (Je ne suis pas d’accord avec le remplacement du mot ‘éthique médicale’ par le mot ‘bioéthique’) . Parmi les multiples problèmes proposés aux étudiants, j’ai remarqué l’absence de mention sur l'avortement et sur l'euthanasie. On m’a répondu tout simplement: “On ne fait pas de politique dans notre université.”

Auprès des comités d'éthique

Si nous observons les statistiques actuelles sur l'avortement et l'euthanasie, elles sont effrayantes. Le travail extraordinaire mené par des Eglises et des organisations du type “pro life” n'est pas totalement inutile. Il faut au moins constater qu’il n'est plus si facile aujourd’hui de prendre une décision de rupture de grossesse. J'ai rencontré une femme me disant qu’elle avait avorté six fois sans se poser la question de quoi il s'agissait. Chaque fois qu'elle a entendu le diagnostic “vous êtes enceinte”, le médecin ajoutait : “Voulez-vous le garder ?” … “Alors il faut vous inscrire à une thérapie adaptée.” … “Oui, j'ai traité l'avortement comme une thérapie.” … “Si cela se passait maintenant, je me serais posée des questions...”, a ajouté cette femme à la fin de notre entretien.

C'est déjà quelque chose! La décision n'est plus au moins aussi évidente qu'auparavant. On ne peut pas dire que cela peut nous satisfaire dans notre combat pour la vie. Nous ne pouvons pas “baisser les bras”. Cela signifie que tout le travail reste encore devant nous. On pose des questions, on y réfléchit, on en discute. Il est vrai que très souvent les discours sur la question à propos de la vie sont décevants. Mais le débat reste ouvert et c'est à nous d’y apporter la réponse. Et quelle que soit cette réponse, elle doit être à la mesure de l’homme : une réponse libre de toute dialectique, libre des opinions politiques et économiques, mais une réponse à la mesure de l’homme et fidèle à la vérité.

Les débats, très à la mode depuis plusieurs années, ont marqué les développements des comités d'éthique. Pour un moraliste, la composition d'un comité a amené une fausse vision de l'éthique. Y sont membres, toujours un juriste, un sociologue, un psychologue et très souvent un prêtre. Bien évidemment, s’il s'agit de membres désignés par les autorités, le comité peut ne donner qu’un avis et non prendre des décisions d’ordre éthique.  L'épistémologie du travail de ces comités s'inscrit dans l'ambiance culturelle qui tient à laisser aux gens la liberté de s’expliquer. Les comités d'éthique ont joué un rôle éminent pour mettre en évidence l'importance des problèmes moraux et d’une réflexion sur la vie humaine, ainsi que les dangers qui la menacent. Après un quart de siècle de fonctionnement de ces comités qui ne sont pas seulement des lieux d’échanges d’opinions, le résultat porte des fruits. Des questions se posent. La prise de décision concernant la vie humaine n'est plus facile, même si on constate l’absence de vérité sur l'homme observée ces derniers temps, y compris aux parlements ayant légalisé l'avortement et l'euthanasie.

Quelle réponse ?

Toutes les législations affirment que la destruction de la vie humaine est un crime qui exige une peine importante. Cette loi provient quasi directement de la première règle édictée par la loi naturelle et la loi révélée qui dit : “Tu ne tueras point”. Si la loi doit protéger la vie, cette règle primordiale semble suffisante pour tous les cas de menace sur la vie humaine. Cependant, dans des législations particulières, il n’en est pas de même. Le droit à la vie, dans certaines circonstances et à certains moments de fragilité de l’homme, en particulier au début et en fin de vie, rien n’est évident. Pour revenir au problème initial, il faut apporter une réponse à la question: “Qu’est-ce que l'homme, qu’est-ce que la vie humaine ?”

Cette question si fondamentale peut paraître naïve. Mais la mentalité de nos sociétés marquées par le fort développement des sciences n’est pas capable d’apporter de réponse précise. Il en est même devenu une mode d’entretenir le scepticisme en affirmant que l'homme est un mystère. Oui évidement, l'homme dans sa dimension corporelle et spirituelle est un vrai mystère. Cependant, en un autre sens de ce mot, l’homme n'est pas une réalité que nous ignorons, mais le sujet d’une ignorance de notre part, l’objet du mystère si important qui nous mène à une vraie

Nous sommes témoins de nombreuses tentatives de recherche d’une explication de la vie humaine. A propos des sciences biologiques et médicales par exemple, on a constaté que la réponse sera donnée par les découvertes génétiques. Toutefois, la recherche scientifique inhérente aux processus biochimiques, ses objets de recherche, ne sont pas capables de proposer des définitions d’ordre philosophique. En fin de compte, la génétique parle de l'homme comme d'une structure univoque : un être perdu dans le cosmos, sans raison d'exister. 

Les sciences biologiques, traitant des processus biologiques multiples, ne visent pas directement la vie comme telle. D’où, l’absence de définition du corps humain et de la vie humaine. Celle-ci ne peut être qu’élaborée à partir d’une philosophie de l'être. Qui, parmi les scientifiques modernes marqués par l'idéologie positiviste, est capable de traiter sérieusement de la philosophie de l'être ?  C'est pourquoi, dans le cadre du développement des sciences exactes accéléré par le puissant courant positiviste à la fin du XIXème siècle, le Pape Léon XIII a réclamé le retour à la philosophie qui permet d’élaborer une solide réflexion sur les questions d’ordre moral. Si nous voulons savoir comment traiter l'homme, il nous faut d'abord savoir qui est l'homme, pour agir selon la vérité et pour le bien de l'homme. Le message de l'encyclique Aeterni Patris reste donc plus encore d’actualité. Au milieu des opinions diverses et des positions multiples, ce message trace la voie face aux idées et aux idéologies qui fourmillent chaque jour devant nous.

En posant un premier regard sur la question de notre vie, on peut facilement comprendre qu’il s’agit là de quelque chose de très important pour nous. On peut être riche ou pauvre, homme de la rue ou président, professeur ou élève, prêtre ou médecin, chacun de nous est avant tout un être humain. Une deuxième remarque tirée de nos expériences quotidiennes y ajoute que la vie est un don que nous avons recu gratuitement, car il ne dépend pas de nous. A ce sujet, notre opinion est indiscutable : la vie est un don de nos parents, un don de la nature ou un don de Dieu Créateur. La notion de “don” s'inscrit dans une logique de fécondité, donc d'amour. Alors quelle menace que ce soit contre la vie, la nôtre ou la vie d’un autre, elle est toujours une perversion de l'amour. Cette logique de l'amour introduit et préfigure la dimension extraordinaire de la vie humaine. D’elle vient notre admiration suivie de notre responsabilité pour la vie. En tant que personnes humaines chrétiennes, nous mesurons la valeur du don de la vie, don de notre Créateur Amour et Vérité. La vie d'un homme n'est donc pas la vie d'un être absurde,  perdu dans le cosmos, mais la vie d’une personne humaine consciente de sa présence au monde et qui reste en relation avec Son Créateur et les autres personnes du monde. D’ailleurs, nous ne savons pas ce que cette personne réalisera volontairement ou involontairement dans sa vie, ce qu’elle transmettra par son témoignage de vie aux générations présentes et futures.

Le langage du personnalisme possède une grande richesse, car il aborde et parle de l’homme dans son humanité, sa dimension unique et personnelle. La plupart des discussions qui abordent la protection de la vie humaine se concentre sur la question du début et de la fin de la vie, lieux des fragilités humaines où l’homme est dépendant. Il me semble que le problème est mal posé. Les philosophies de processus, mécanistes ou scientifiques, ne peuvent toucher le coeur de ces moments décisifs que sont le commencement et la fin de la vie.

Comme disait sans cesse le professeur Marie-Dominique Philippe, l'homme est avant tout une réalité concrète. Toute philosophie humaine doit alors faire appel à une philosophie de l'être. Dans cette philosophie qu’a réclamée le Pape Léon XIII, ce que j’ai mentionné au début de cet article, la réponse à la question sur le début de la vie s’éclaircit. En philosophie de l'être, on prend conscience que la vie humaine est fondée sur le jugement d'existence, “ceci est”, premier principe métaphysique en philososophie première, conforme à notre premier regard intérieur sur la vie qui actualise une essence de la dimension corporelle et spirituelle. L'âme humaine, qui est en philosophie du vivant ce que la substance est en philosophie de l’être, la détermination de la forme chez Aristote, unit la matière pour construire le corps humain, “cathédrale de molécules”, et en tant que source d’unité de nos activités vitales favorisera la manifestation de nos capacités et de nos fonctions.

La conception du corps humain engage un processus qui débute au moment où deux premières cellules sont unies par l’âme, source d’unité déterminant la forme. L’important n’est donc pas de comptabiliser le nombre de cellules que comprend le corps humain dans son développement pour savoir à quel moment l’être humain humain existe.  Ce n’est pas le nombre de cellules qui permet d’affirmer que la conception est effective ou pas : elle est. L'embryon n'est pas un nombre de cellules à déterminer. L’embryon est une personne avec un corps imparfait, incomplet, encore très fragile et soumis à se développer dans le sein de sa mère. Il n’en est pas moins déjà une personne.

Dans cette perspective, il faut transformer notre regard sur la conception de l'homme. Humainement, il s’agit d’un évènement extraordinaire qui bouleverse une famille, puis ses habitudes de vie quotidienne. Toutefois, au plan de la philosophie humaine, la naissance est une rencontre mystérieuse de fécondité, un face à face entre un nouveau-né et ses parents, puis ses proches. Elle ne caractérise pas le début de la vie de l'homme, mais elle matérialise d’une certaine manière le passage de l’invisible au visible, ce que la science n’admet pas ou mal. La médecine prénatale nous permet de voir le petit bébé immergé dans le ventre de sa mère. Puis le diagnostic et le traitement prénatal permet de traiter ce petit patient en cours de formation. Déjà au cours de ces étapes prénatales, la conscience de la famille se prépare à la présence de l'enfant. Et là, fort heureusement, le progrès scientifique vient à notre aide.

Une autre question se pose : “Pourquoi à partir de l'enseignement de l’Eglise enrichi après le Concile Vatican II, en particulier nourri du nombre si important de documents parus pendant le pontificat du Pape Jean-Paul II sur le droit et la protection de la vie, j'ai du me référer à un texte paru à la fin du XIXème siècle ?  ” D’abord, le Pape Léon XIII a tenu une place éminente dans l’élaboration de la Doctrine sociale de l'Eglise. Ensuite, le contenu de l'encyclique Aeterni Patris est insuffisamment connu, ce qui limite les programmes et les réformes universitaires. Enfin, le rappel de ce document est un signe encourageant. Lors de sa parution, on considérait à tort que tout était perdu face aux idéologies de progrès, que la parole du pape était inutile.

Aujourd’hui, ce document s’avère tout à fait d’actualité, car aucun dialogue véritable ne peut s’instaurer avec le monde laïc sans avoir posé la bonne question que traite cette encyclique : “Si nous ne découvrons pas un point commun, nous n'arrivons pas à comprendre qui est l'homme.”

Kazimierz Szalata,
Université Cardinal Wyszynski Varsovie



NOTA
Texte exact de Léon XIII au début de l’encyclique Aeterni Patris : “Il est naturel à l'homme de prendre pour guide de ses actes sa propre raison, il arrive que les défaillances de l'esprit entraînent facilement celles de la volonté ; et c'est ainsi que la fausseté des opinions, qui ont leur siège dans l'intelligence, influe sur les actions humaines et les vicie. Au contraire, si l'intelligence est saine et fermement appuyée sur des principes vrais et solides, elle sera, pour la société comme pour les particuliers, la source de grands avantages, d'innombrables bienfaits.”


 
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Published by pico - dans bioéthique
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10 décembre 2008 3 10 /12 /décembre /2008 10:32
Die Frage nach den Grenzen der Demokratie ist so alt wie das Nachdenken über die Demokratie, also viel älter als die Demokratie selbst, wenn wir ihre Geschichte mit der Gründung der Vereinigten Staaten von Amerika 1776 beginnen lassen. Aristoteles (384-322 v. Chr.) hat sich als erster rund
2000 Jahre früher in seiner Staatsformenlehre mit dieser Frage befasst. Er hat die Demokratie verworfen, weil in ihr die Mehrheit, die „Vielen“ wie er sagte, nicht um des Gemeinwohls, sondern um des eigenen Vorteils willen regieren. Nicht um des eigenen Vorteils, sondern um des Gemeinwohls willen zu regieren, war für ihn das entscheidende Kriterium für die guten Herrschafts-formen – unabhängig von der Zahl der Herrschenden. Nur den eigenen Nutzen im Blick zu haben, war dementsprechend Kennzeichen aller verwerflichen Herrschaftsformen. Eine Demokratie, in der die Vielen um des Gemeinwohls willen regieren, also gleichsam durch Gesetze und Tugenden gemäßigt sind, gehörte für ihn durchaus zu den legitimen Herrschaftsformen – nur nannte er diese Herrschaftsform nicht Demokratie, sondern „Politie“.


I.    Was sagen die Klassiker zu den Grenzen der Demokratie?

Die Frage nach den Grenzen der Demokratie bleibt auch in den Demokratietheorien der Neuzeit aktuell. Thomas Hobbes (1588-1679), der gemeinhin als Begründer der neuzeitlichen politischen Theorie gilt, wird man freilich kaum unter die Demokratietheoretiker zählen können. Seine anthropologischen Prämissen führen geradewegs in einen autoritären Staat. Da der Mensch des Menschen Wolf und der Naturzustand des Zusammenlebens dieser Wölfe ein Krieg aller gegen alle sei,  könne der Friede nur durch einen absoluten Herrscher, den er „Leviathan“ nennt, gewährleistet werden. Der Leviathan hat zu verhindern, dass die Menschen vorzeitig eines gewaltsamen Todes sterben. Der gewaltsame Tod ist für Hobbes das größte Übel, das in seiner relativistischen Perspektive an die Stelle eines summum bonum getreten ist. Die politische Herrschaft orientiert sich für ihn nicht mehr am Gemeinwohl und damit an der Ermöglichung eines geglückten Lebens, sondern an der Verhinderung dieses summum malum. Um ihm zu entgehen, schließen die Menschen zunächst einen Gesellschafts- und dann einen Unterwerfungsvertrag. Wie aber der Leviathan plötzlich frei sein soll von der wölfischen Natur, die Hobbes dem Menschen unterstellt, bleibt ungeklärt. Eine bioethische Grenze zieht Hobbes aber auch seinem Leviathan. Er darf nichts befehlen, was mit einer Gefahr für Leib und Leben des Untertanen verbunden ist. Ist mit seinen Entscheidungen eine solche Gefahr verbunden, hat der Untertan, beispielsweise als Soldat, ein Recht zum Widerstand. Das Widerstandsrecht ist deshalb „das Trojanische Pferd im Reich des Leviathan“. 

Für Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) steht die Frage nach den Grenzen der Demokratie ebenfalls nicht im Mittelpunkt seiner politischen Theorie. Im Gegensatz zu Hobbes aber ist er einer der Väter der modernen Demokratie – zumindest in ihrer kontinentalen, von der Französischen Revolution ausgehenden Form, einer Form, die sich in eine blutige Tyrannei verwandelte und auch vor dem Gebrauch der Guillotine nicht zurückschreckte. Zwar zeigt Rousseau eine gewisse Skepsis gegenüber der Lebensfähigkeit der Demokratie – er nennt sie eine Regierungsform für Götter, die für Menschen nicht passe  - aber er begründet andererseits mit seinem Contrat Social die Lehre von der Volkssouveränität, die fortan als erste Legitimitätsbedingung der Demokratie gilt.  Das Prinzip der Volkssouveränität reicht jedoch nicht aus, um rechtmäßige Herrschaft zu begründen. Es kann jederzeit auch zur Begründung einer Tyrannei gebraucht werden. Es muss sich deshalb die Frage nach seiner Begrenzung gefallen lassen, will es zur Legitimität der politischen Herrschaft beitragen. 
Für drei andere Klassiker der Demokratietheorie steht dagegen die Frage nach den Grenzen der Demokratie im Zentrum ihres Denkens: Für John Locke, Montesquieu und vor allem für Alexis de Tocqueville – und in ihre Reihe sind auch die Autoren der Federalist Papers, Alexander Hamilton, James Madison und John Jay, die Väter der amerikanischen Verfassung, einzureihen. John Locke (1632-1704), der in der Beschreibung der menschlichen Natur und der sozialen Beziehungen im Naturzustand in den Spuren von Hobbes wandelt, plädiert gleichwohl nicht für eine autoritäre, sondern eine konstitutionelle Herrschaft, in der die politische Gewalt durch das Recht gezähmt und auf verschiedene Träger aufgeteilt wird. Die Legitimität politischer Gewalt gründet darüber hinaus nicht in einem negativen, sondern in einem positiven Ziel. Nicht Verhinderung eines gewaltsamen Todes, sondern Schutz des Eigentums rechtfertigt die politische Gewalt, wobei Eigentum für Locke nicht nur Geld- und Sachvermögen, sondern auch Leben und Freiheit bedeutet.  Die politische Gewalt ist „treuhänderische“ Gewalt.  Sie ist somit doppelt begrenzt – zum einen durch das legitimierende Ziel, den Schutz von Leben, Freiheit und Eigentum, zum anderen durch die Struktur der Checks and Balances.

Montesquieu (1689-1754) vertieft in seinem 1748 erschienenen Werk „Vom Geist der Gesetze“ die Lehre der Gewaltenteilung. Eine ewige Erfahrung lehre, „dass jeder Mensch, der Macht hat, dazu getrieben wird, sie zu missbrauchen…Damit die Macht nicht missbraucht werden kann, ist es nötig, durch die Anordnung der Dinge zu bewirken, dass die Macht die Macht bremse“.  Die einen Machtmissbrauch wenn schon nicht ausschließende, so zumindest in seinen negativen Auswirkungen bremsende Anordnung der Gewalten, heißt für Montesquieu Trennung der drei Staatsgewalten Legislative, Exekutive und Judikative. „Alles wäre verloren, wenn ein und derselbe Mann beziehungsweise die gleiche Körperschaft entweder der Mächtigsten oder der Adligen oder des Volkes folgende drei Machtvoll-kommenheiten ausübte: Gesetze erlassen, öffentliche Beschlüsse in die Tat umsetzen, Verbrechen und private Streitfälle aburteilen.“  Montesquieu verfolgte mit seiner Gewaltenteilungslehre zwar primär das Ziel, den Absolutismus Ludwigs XIV. konstitutionell einzugrenzen und sein Abgleiten in eine Despotie zu verhindern, aber seine Lehre gilt genauso für die Demokratie. Auch die Demokratie kann dazu führen, dass „alles verloren“ wäre. Auch sie kann zur Tyrannei verkommen.

Die Demokratie vor dem Abgleiten in die Tyrannei zu bewahren, ist das große Thema von Alexis de Tocqueville (1805-1859). Er kennt das Ancien Regime seiner Heimat Frankreich und bewundert die Demokratie in Amerika, die er vor Ort studiert, in seinem Werk „Über die Demokratie in Amerika“ beschreibt und deren Schwächen ihn unablässig beschäftigen. Er verteidigt das Mehrheitsprinzip als Entscheidungsregel in der Demokratie und warnt doch zugleich vor der Tyrannei der Mehrheit, die bis zur Repression oder gar zur physischen Liquidierung von Minderheiten gehen kann.  „Ich halte den Grundsatz, dass im Bereich der Regierung die Mehrheit eines Volkes das Recht habe, schlechthin alles zu tun, für gottlos und abscheulich und dennoch leite ich alle Gewalt im Staat aus dem Willen der Mehrheit ab. Widerspreche ich mir damit selbst? Es gibt ein allgemeines Gesetz, das nicht bloß von der Mehrheit irgendeines Volkes, sondern von der Mehrheit aller Menschen, wenn nicht aufgestellt, so doch angenommen worden ist. Dieses Gesetz ist die Gerechtigkeit. Das Recht eines jeden Volkes findet seine Grenzen an der Gerechtigkeit“.  Diese von ihm „Gerechtigkeit“ genannte naturrechtliche Grenze der Mehrheitsherrschaft - nicht „aufgestellt“, sondern „angenommen“  ergänzt Tocqueville um das Prinzip der Gewaltenteilung. Eine Demokratie, die legislative, exekutive und judikative Gewalt trennt, sei das beste Mittel, einer Tyrannei „kaum noch Chancen“ zu geben.

Man mag den Klassikern der Demokratietheorie manches Defizit vorhalten: dass sie den Begriff des Demos, d. h. der wahlberechtigen Bürger auf eine Minderheit von Männern beschränkten, dass sie von Aristoteles bis zu den Federalist Papers das Problem der Sklaverei ignorierten, dass sie die Bedeutung der Oppositions- und Koalitionsfreiheit sowie der politischen Parteien vernachlässigten, und dass sie mehr an der Problemlösungskapazität politischer Herrschaft als an den Partizipationschancen der Bürger interessiert waren, ihre Leistung – sieht man einmal von Hobbes und Rousseau ab – besteht darin, dass sie wesentliche Beiträge zu einer Theorie begrenzter Herrschaft und damit zur Bedeutung der Grenzen in der Demokratie geleistet haben. Vor allem die Arbeiten von Aristoteles und von Tocqueville können „auch heute noch ertragreich rezipiert werden“.

II.    Was sagt das Grundgesetz zu den Grenzen der Demokratie?

Eine äußerst ertragreiche Rezeption dieser Vorgaben der klassischen Demokratietheorie ist das Grundgesetz der Bundesrepublik Deutschland. Nach den bitteren Erfahrungen mit dem Untergang der ersten deutschen Demokratie 1933 und mit einem totalitären Regime, das jedwede Beschränkung seiner Macht verwarf, gelang dem Parlamentarischen Rat im Winter 1948/49 eine Verfassungsordnung von erstaunlicher Weisheit und Lebensdauer. „Im Bewusstsein seiner Verantwortung vor Gott und den Menschen“, so beginnt das Grundgesetz in seiner Präambel, „hat sich das Deutsche Volk kraft seiner verfassungsgebenden Gewalt dieses Grundgesetz gegeben“. „Kraft seiner verfassungsgebenden Gewalt“ heißt, die Verfassungsordnung geht vom Volk aus. Art. 20 Abs. 2 GG unterstreicht das noch einmal: „Alle Staatsgewalt geht vom Volke aus.“ Definiert man die Demokratie mit der geläufigen Formel von
Abraham Lincoln (1809-1865) als „government of the people, by the people
 and for the people“, dann ist die Demokratie des Grundgesetzes zweifellos eine Demokratie, eine Demokratie im übrigen, die in den 40 Jahren der kommunistischen Herrschaft in Ostdeutschland eine große Anziehungskraft auf die Menschen ausübte, die unter dieser Diktatur leben mussten.

Die Demokratie des Grundgesetzes verstand sich von Anfang an als beschränkte Demokratie und die Beschränkung ruht auf zwei Pfeilern. Sie ruht zum einen auf einem System der horizontalen und vertikalen Gewaltenteilung, das die Fehler der Weimarer Verfassung vermied und ebenso eine funktions-fähige Herrschaft wie eine gegenseitige Kontrolle und Balance der Staatsgewalten gewährleistet. Sie ruht zum anderen auf der Anerkennung vorstaatlicher Menschenrechte. Der Parlamentarische Rat war sich der Bedeutung dieser beiden Pfeiler wohl bewusst, versuchte er doch, ihnen mit Art. 79 Abs. 3 eine „Ewigkeitsgarantie“ zu geben und jede Änderung des Grundgesetzes auszuschließen, durch die die in Art. 20 niedergelegten Grundsätze der Gewaltenteilung und des Föderalismus einerseits und die in Art. 1 enthaltene Garantie der Menschenwürde und der Menschenrechte andererseits berührt werden. Art. 79 Abs. 3 GG bringt wie auch schon die Präambel und Art. 1 zum Ausdruck, dass das Grundgesetz von einem Verfassungsverständnis ausgeht, das nicht dem jeweiligen gesellschaftlichen Konsens unterliegt, sondern diesem vorauszugehen und ihn zu lenken hat. „Der Verfassungsgeber entsagt selbstherrlicher Souveränitätsideologie, wenn er sich zur Unantastbarkeit der Menschenwürde, zur Unverletzlichkeit und Unveräußerlichkeit der Menschrechte 'bekennt', also zu Normen, die nicht seine Schöpfung sind, sondern seine Vorgaben, und wenn er seine 'Verantwortung vor Gott und den Menschen' bekundet, also, ungeachtet der
Säkularität der staatlichen Organisation und der Gewährleistung subjektiver Religions- und Weltanschauungsfreiheit, auf den vorstaatlichen und vorverfassungsrechtlichen Grund von Staat und Verfassung verweist in unverfügbarer Transzendenz“.  Sehr prägnant bringt die zwei Jahre vor dem Grundgesetz in Kraft getretene Verfassung von Rheinland-Pfalz diesen Legitimitätsgrund demokratischer Herrschaft zum Ausdruck. Sie stellt in
Art. 1 Abs. 3 lapidar fest: „Die Rechte und Pflichten der öffentlichen Gewalt werden durch die naturrechtlich bestimmten Erfordernisse des Gemeinwohls begründet und begrenzt“.

Setzt das Verfassungsverständnis des Grundgesetzes dem demokratischen Gesetzgeber auch spezifisch bioethische Grenzen? Was ist überhaupt unter bioethischen Grenzen zu verstehen? Wenn die Ethik seit Aristoteles nach den sittlichen Bedingungen für das Gelingen des menschlichen Lebens, mithin nach allgemeingültigen Normen und Maximen der Lebensführung fragt, dann ist der Gegenstand der Bioethik die Frage nach allgemeingültigen Normen im Umgang mit dem menschlichen Leben von der Empfängnis bis zum Tod. Aus solchen Normen ergeben sich Verpflichtungen für den Verfassungsgeber und den demokratischen Gesetzgeber. Der Parlamentarische Rat hat eine ganze Reihe derartiger bioethischer Grenzen der Demokratie in das Grundgesetz aufgenommen – sowohl im Grundrechtsteil als auch im Kapitel IX über die Rechtsprechung. Mit dem Embryonenschutzgesetz hat der Gesetzgeber 1990 diese Grenzen präzisiert und auf neue Entwicklungen in der Biomedizin geantwortet.

Der Grundrechtsteil des Grundgesetzes beginnt mit der Gewährleistung der Menschenwürde und dem Bekenntnis zu den Menschenrechten. „Die Würde des Menschen ist unantastbar. Sie zu achten und zu schützen ist Verpflichtung aller staatlichen Gewalt“, so Art. 1 Abs. 1 GG. Die Menschenwürde ist ein schlechthin erster Anfang, von dem die ganze Verfassungsordnung ausgeht, „eine selbstevidente, aus sich heraus einsichtige Wahrheit, …ein höchstes Moral- und Rechtsprinzip“, das sich zwar auf eine biologische Eigenschaft bezieht, ohne selbst aber eine solche zu sein.  Als Moral- und Rechtsprinzip verlangt die Menschenwürde von jedem, jeden, der ein menschliches Antlitz trägt, also zur Gattung Mensch gehört bzw. ein „Jemand“ und nicht ein „Etwas“ ist, zu achten,  ihn nicht „zum Objekt, zu einem bloßen Mittel, zur vertretbaren Größe“ herabzuwürdigen.  Weil der Mensch Würde hat, hat er unverletzliche und unveräußerliche Menschenrechte. Art. 1 GG bringt dies in Absatz 2 mit dem Wort „darum“ zum Ausdruck: „Das Deutsche Volk bekennt sich darum zu unverletzlichen und unveräußerlichen Menschenrechten als Grundlage jeder menschlichen Gemeinschaft, des Friedens und der Gerechtigkeit in der Welt“. Dieses Bekenntnis hat für die Menschenrechte nicht konstitutive, sondern deklaratorische Bedeutung. Die Menschenrechte sind wie die Menschenwürde dem Staat vorgegeben. Der Verfassungsgeber erfindet sie nicht, sondern entdeckt sie  - in der Regel umso leichter, je bitterer die Erfahrungen mit totalitären Herrschaftssystemen sind. Insofern ist die Rede von der Menschenwürde aus der Leidensgeschichte der Menschheit in der ersten Hälfte des 20. Jahrhunderts erwachsen – nicht nur im Grundgesetz, sondern auch in der Allgemeinen Erklärung der Menschenrechte der UNO vom 10. Dezember 1948.

Das Recht auf Leben und körperliche Unversehrtheit in Art. 2 Abs. 2 GG ist das erste und wichtigste Grundrecht im Grundrechtskatalog des Grundgesetzes, ohne dessen Gewährleistung alle folgenden Grundrechte hinfällig wären. Es ist die bedeutendste bioethische Grenze der Demokratie. Dass das Recht auf Leben 1949 um ein Recht auf körperliche Unversehrtheit ergänzt, die bioethische Grenze der Demokratie also verschärft wurde, ist ein Resultat der Erfahrungen mit der nationalsozialistischen Herrschaft und deren skrupellosen medizinischen Versuchen an Häftlingen in Konzentrationslagern. Auch das Diskriminierungsverbot in Art. 3 Abs. 3 GG ist eine Konsequenz aus den Erfahrungen mit der NS-Herrschaft, wenngleich das Diskriminierungs-verbot Behinderter in Satz 2 erst 1994 dazu kam. Immerhin führte dieses Diskriminierungsverbot dazu, dass bei der letzten großen Reform des Abtreibungsstrafrechts 1995 die embryopathische Indikation fallen gelassen wurde, was in der Abtreibungspraxis freilich keine Bedeutung hatte, da sie einfach in die medizinische Indikation integriert wurde, nach Herbert Tröndle „ein Akt gesetzgeberischer Verhüllungskunst“. 

Menschenwürde und Lebensrecht kommen auch dem Embryo zu. Das Bundesverfassungsgericht hat dies in seinen beiden Urteilen zum Abtreibungsstrafrecht 1975 und 1993 mit markanten und eindeutigen Aussagen unterstrichen. „Wo menschliches Leben existiert, kommt ihm Menschenwürde zu; es ist nicht entscheidend, ob der Träger sich dieser Würde bewusst ist und sie selbst zu wahren weiß. Die von Anfang an im menschlichen Sein angelegten potentiellen Fähigkeiten genügen, um die Menschwürde zu begründen“, so das Gericht 1975.  „Menschenwürde kommt schon dem ungeborenen menschlichen Leben zu, nicht erst dem menschlichen Leben nach der Geburt oder bei ausgebildeter Personalität.“  Beim Ungeborenen handle es sich, so fährt das Gericht fort, „um individuelles, in seiner genetischen Identität und damit in seiner Einmaligkeit und Unverwechselbarkeit bereits festgelegtes, nicht mehr teilbares Leben, das im Prozess des Wachsens und Sich-Entfaltens sich nicht erst zum Menschen, sondern als Mensch entwickelt.“

 Nicht weniger klar sind die Aussagen zum Lebensrecht. „Art. 2 Abs. 2 Satz 1 GG schützt auch das sich im Mutterleib entwickelnde Leben als selbständiges Rechtsgut“. Der mit der Empfängnis „begonnene Entwicklungsprozess ist ein kontinuierlicher Vorgang, der keine scharfen Einschnitte aufweist und eine genaue Abgrenzung der verschiedenen Entwicklungsstufen des menschlichen Lebens nicht zulässt. Er ist auch nicht mit der Geburt beendet… Jeder im Sinne des Art. 2 Abs. 2 Satz 1 GG ist 'jeder Lebende'…'jeder' ist daher auch das noch ungeborene menschliche Wesen“.  Keine rechtliche Regelung des Schwangerschaftsabbruchs könne deshalb daran vorbeikommen, dass die Abtreibung „unwiderruflich entstandenes menschliches Leben (zerstört)“, mithin „eine Tötungshandlung“ ist und „gegen die in Art. 2 Abs. 2 Satz 1 GG verbürgte grundsätzliche Unantastbarkeit und Unverfügbarkeit des menschlichen Lebens“ verstößt.  Dass auch schon der Parlamentarische Rat 1949 dieser Überzeugung war, obgleich er auf eine zunächst beantragte Ergänzung des Art. 2 Abs. 2 GG um den Satz „Das keimende Leben wird geschützt“ verzichtete, weist das Bundesverfassungsgericht in seinem Urteil 1975 nach.  Aus dem Recht auf Leben und körperliche Unversehrtheit zog der Parlamentarische Rat noch zwei weitere bioethische Grenzen für jeden demokratischen Gesetzgeber, die Eingang in das Kapitel über die Rechtsprechung fanden: die Abschaffung der Todesstrafe in Art. 102 GG und das Folterverbot in Art. 104 Abs. 1 GG.

III.    Grenzüberschreitungen

Wie steht es um den gesellschaftlichen Konsens im Hinblick auf die vom Grundgesetz vorgegebenen Grenzen? Hat die Gesetzgebung in Deutschland diese Grenzen beachtet? Wenn nicht, hat die Rechtsprechung des Bundes-verfassungsgerichts sie verteidigt? Ein Vierteljahrhundert, von 1949 bis 1974, wurden diese Grenzen kaum in Frage gestellt. Zwar hatte die erste größere Attacke auf das Abtreibungsstrafrecht, die Alice Schwarzer am 2. Juni 1971 im Stern mit der Behauptung startete, in Deutschland gäbe es jährlich rund eine Million Abtreibungen, nicht das Ziel, das ungeborene Kind besser zu
schützen, sondern den § 218 StGB ersatzlos zu streichen,  aber alle politischen Diskussionen im 6. und 7. Deutschen Bundestag und im Sonder-ausschuss für die Strafrechtsreform zur Zeit der Regierung Brandt/Scheel begründeten ihre Reformabsicht mit dem Ziel, den Lebensschutz für das ungeborene Kind zu verbessern. Die Reform des § 218 StGB 1974 und alle weiteren großen Reformen 1976, 1992 und 1995 wollten die Zahl der Abtreibungen senken. Alle Reformen waren von der Behauptung getragen, die Straflosstellung und dann ab 1992 die Legalisierung der bis 1974 verbotenen Abtreibung werde wenigstens in der Summe Mutter und Kind besser schützen. Selbst die Krankenkassenfinanzierung der Abtreibung sollte dazu dienen, die vom Grundgesetz vorgegebenen bioethischen Grenzen zu festigen.

Die Verwerfung der 1974 eingeführten Fristenregelung durch das Bundesverfassungsgericht 1975 als grundgesetzwidrig änderte nichts an der Legalisierung der Abtreibung. Alle oben zitierten Aussagen des Gerichts zur Menschenwürde und zum Lebensrecht des ungeborenen Kindes wurden durch den fünften Leitsatz des Urteils unterlaufen, der dem Gesetzgeber anheim stellte, die Abtreibung straffrei zu lassen, wenn die Fortsetzung der Schwangerschaft für die Frau „unzumutbar“ sei. Darüber hinaus waren zwei weitere Feststellungen des Gerichts geeignet, seine Verteidigung der Menschenwürde und des Lebensrechts des Ungeborenen zu unterlaufen. Zum einen die Empfehlung an den Gesetzgeber, statt der verworfenen Fristenregelung eine soziale Indikation einzuführen, nach der die Abtreibung auch dann straffrei bleiben sollte, wenn die Schwangere sie auf Grund einer unüberprüfbaren, nur von ihr selbst definierten Notlage vornehmen ließ.  Dieser Empfehlung folgte der Gesetzgeber 1976 und bis zur nächsten Reform 1992 wurden auch jährlich fast 90 % aller Abtreibungen mit der sozialen Indikation begründet. Zum anderen meinte das Gericht, der Gesetzgeber sei nicht gehindert, „die grundgesetzlich gebotene rechtliche Missbilligung des Schwangerschaftsabbruchs auch auf andere Weise zum Ausdruck zu bringen als mit dem Mittel der Strafdrohung“.  Damit ebnete das Gericht den Weg zum Paradigmenwechsel in der Reform von 1992 – weg vom Lebensschutz durch ein sanktionsbewehrtes Abtreibungsverbot hin zum vorgeblichen Lebensschutz durch die nachweispflichtige Beratung. Dass das Bundes-verfassungsgericht am 28. Mai 1993 die Reform von 1992 erneut verwarf, lag nicht am Paradigmenwechsel, sondern an der Kennzeichnung der so genannten „beratenen Abbrüche“ als „nicht rechtswidrig“. Es verlangte, diese Abtreibungen, auch wenn sie straflos blieben, als rechtwidrig zu kennzeichnen und die Schwangerschaftskonfliktberatung deutlicher an den verfassungs-rechtlichen Vorgaben in Art. 1 Abs. 1 GG und Art. 2 Abs. 2 GG zu orien-tieren.  In der einstweilen letzten Reform des § 218 StGB strich der Gesetzgeber zwar die Kennzeichnung der „beratenen Abbrüche“ als „nicht rechtswidrig“, vermied es aber, sie als rechtwidrig zu bezeichnen. Er erklärte vielmehr in § 218a Abs. 1 StGB, eine Abtreibung, die von einem Arzt inner-halb von zwölf Wochen nach der Empfängnis unter Vorlage eines Beratungsscheines vorgenommen werde, erfülle nicht den Tatbestand des § 218 StGB, der die Abtreibung verbietet.. Der Straftatbestand der Tötung eines ungeborenen Kindes wird mithin durch eine gesetzliche Definition nach Beratung zu einer strafrechtlich erlaubten Handlung und durch einen Beratungsschein zu einer medizinischen Dienstleistung, obgleich das verfassungsrechtliche Verbot der Abtreibung nicht angezweifelt werden kann. In die strafrechtliche Dogmatik war dieser Tatbestandsausschluss „nicht integrierbar“. 

Die Entwicklung des Abtreibungsstrafrechts von 1992 bis 1995 zeigt, dass weder der Gesetzgeber noch das Bundesverfassungsgericht bereit waren, die bioethische Grenze zu verteidigen, die das Grundgesetz der Demokratie in Deutschland gesetzt hatte. Das Gericht folgte der Mehrheit des Parlaments, die wiederum davon ausging, dass die öffentliche Meinung nicht mehr hinter dem Lebensrecht des ungeborenen Kindes stehe. Ernst Benda, von 1971 bis 1983 selbst Präsident des Bundesverfassungsgerichts, tadelte die Richter für ihre verfassungswidrige Anpassung. Selbst wenn die Einschätzung der öffentlichen Meinung richtig gewesen wäre, so Benda, hätte das Gericht die von der Verfassung geschützten grundlegenden Wertvorstellungen verteidigen müssen, statt sie preiszugeben.  Der Paradigmenwechsel im Abtreibungs-strafrecht, das sich unter der Hand immer mehr zum Abtreibungsrecht entwickelt, stellte das Selbstbestimmungsrecht der Schwangeren über das Lebensrecht des Kindes. Dass dies für die ungeborenen Kinder verhängnis-volle Folgen hatte, dass ihr Schutz nicht gestärkt, sondern geschwächt wurde, wird vom Statistischen Bundesamt jährlich dokumentiert. Seit der faktischen Legalisierung der Abtreibung 1974 sind in Deutschland allein nach der offiziellen Statistik rund 4,8 Millionen Kinder abgetrieben worden. Da das Statistische Bundesamt zumindest bis 2001 selbst immer auf die Unvollständigkeit seine Abtreibungsstatistik hingewiesen und in einer eigenen Publikation zur Bevölkerungsentwicklung in Deutschland noch 2004 festgehalten hat, dass nur etwa 60 % der Abtreibungen statistisch erfasst würden, muss eine realistische Schätzung der Abtreibungszahlen in Deutschland für die Jahre 1974 bis 2007  von über acht Millionen ausgehen. 

Auf die Folgen dieses Paradigmenwechsels für das Lebensrecht des Embryos ist oft hingewiesen worden – von Verfassungsrechtlern wie Josef Isensee und Christian Hillgruber, von Strafrechtlern wie Herbert Tröndle und Harro Otto, insbesondere aber von den großen Lebensrechtsverbänden, der Juristen-Vereinigung Lebensrecht, den Christdemokraten für das Leben, der Aktion Lebensrecht für Alle sowie vom Bundesverband Lebensrecht. Das soll hier nicht weiter vertieft werden. Hier ist vielmehr nach den Folgen dieses Paradigmenwechsels für das Demokratieverständnis zu fragen. Welche Folgen hat der rechtlich tolerierte Anspruch der Schwangeren, autonom über Leben und Tod ihres Kindes zu entscheiden, für das Rechtsstaatsverständnis des Grundgesetztes? Welche Folgen hat die in § 13 des Schwangerschaftskonfliktgesetzes festgehaltene Pflicht der Bundesländer, ein flächendeckendes Netz von Abtreibungseinrichtungen bereitzustellen, für das Verständnis der Staatsaufgaben in der Demokratie? Wie aktuell ist Tocquevilles Warnung vor dem Umschlagen einer von der „Gerechtigkeit“ begrenzten demokratischen Herrschaft in eine Tyrannei, in der die Mehrheit eine Minderheit der physischen Liquidierung preisgibt, eine Minderheit, die nur über Ultraschall sichtbar ist und keine Stimme hat und für deren Liquidierung auch keine Guillotine mehr notwendig ist? Welche Reichweite hat die Feststellung von Art. 102 GG „Die Todesstrafe ist abgeschafft“, wenn jeder Arzt nach Vorlage eines Beratungsscheines gemäß § 218a Abs. 1 StGB befugt ist, ein Todesurteil zu vollstrecken, ein Todesurteil, das nicht einmal durch ein Gericht, sondern durch einen Konfliktpartner oder das ihn im Stich lassende Umfeld gefällt wird? Welche Überzeugungskraft hat ein Rechtsstaat, der dadurch definiert ist, dass er private Gewaltanwendung in Konflikten jedweder Art – mit Ausnahme einer Notwehr – verbietet und die Konflikte seiner Rechtsordnung unterwirft, wenn er diese private Gewaltanwendung in einem Schwangerschaftskonflikt nicht nur toleriert, sondern auch noch finanziert? Wird hier der Sozialstaat nicht ebenso zur Beute einer Mehrheit wie der Rechtsstaat? Kann ein Konflikt dadurch gelöst werden, dass ein Betroffener, der mit der Entstehung des Konflikts gar nichts zu tun hat, liquidiert wird?

Das Verbot, Unschuldige zu töten, ist die Legitimitätsbedingung der rechtsstaatlichen Demokratie. Die Aufhebung dieses Verbotes rechtlich regeln zu wollen, ist ein Widerspruch in sich. Sie kann nicht gelingen. Deshalb werden die Kontroversen über das Abtreibungsregelement und das Lebensrecht weitergehen. Eine Demokratie, die ihre bioethischen Grenzen verwischt, unterläuft ihre eigene Legitimitätsbedingung. Bischof Ketteler warnte schon 1875 auf dem Freiburger Katholikentag vor einer solchen Demokratie. Sie unterscheide sich nicht vom Absolutismus Ludwigs XIV., „welcher seinen unumschränkten Willen als Gesetz geltend machte… Das ist Wahnsinn, das ist unerträglich; das ist Sklaverei für alle, die nicht zur Majorität der Gesetzgeber gehören“. 

Wer die Demokratie mit den Vätern und Müttern des Grundgesetzes sichern will, hat deshalb ihre bioethischen Grenzen zu verteidigen und zu fragen, ob
das Recht auf Leben und körperliche Unversehrtheit in Art. 2 Abs. 2 GG nicht um ein Recht auf Geburt ergänzt werden muss. Es geht nicht um die Spannungen oder gar Gegensätze zwischen einer säkularen und einer religiösen Ordnung, die Jürgen Habermas in jüngster Zeit in mehreren Publikationen zum Gegenstand seiner Sorge machte.  Es geht vielmehr um die Demokratie selbst. Wenn die Christliche Gesellschaftslehre in diesen Fragen ihre Stimme erhebt, wenn sie „die unbedingte Achtung vor dem Recht auf Leben jedes unschuldigen Menschen – von der Empfängnis bis zu seinem natürlichen Tod – zu einer der Säulen erklärt, auf die sich jede bürgerliche Gesellschaft stützt, will sie lediglich einen humanen Staat fördern. Einen Staat, der die Verteidigung der Grundrechte der menschlichen Person, besonders der schwächsten, als seine vorrangige Pflicht anerkennt.“

Prof. Dr. Manfred Spieker
Abschiedsvorlesung an der Universität Osnabrück am 14. November 2008


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Published by pico - dans bioéthique
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30 janvier 2008 3 30 /01 /janvier /2008 09:42
Nous ne sommes pas capables de nous asseoir au pied du lit du malade, de lui prendre la main et garder le silence. Cela nous indispose et nous affole. Nous nous sentons dans l’obligation de faire quelque chose avec le souffrant, de le diriger vers quelqu’un, de procéder à une intervention, à l’extrême de lui tendre le barbiturique qui va l’expédier vers l’autre monde. C’est ce que dit Kazimierz Szalata, philosophe et éthicien dans une conversation avec Simon Holowina.

N : Ces dernières semaines les médias ont rapporté des informations concernant plusieurs enfants malades dont les traitements ont posé de graves dilemmes éthiques. C’est le cas de  Ashley, 9 ans, dont le développement du cerveau s’est arrêté au stade du bébé. Sa croissance physique a été artificiellement freinée à l’aide de doses massives d’hormones et de l’ablation d’utérus. Ces traitements effectués à l’hôpital de Seattle ont été justifiés par le bien de l’enfant, car – pensait-on - si elle reste petite, il sera plus facile de s’en occuper. Quelques jours plus tard le monde a appris l’histoire de Tim, un adolescent allemand de 14 ans, qui afin de mieux correspondre à sa conscience féminine, a été transformé en femme à l’aide d’une thérapie hormonale . Dans les deux cas, les décisions avaient été prises par les parents. En avaient-ils le droit ?
KS : Non, ils ne l’avaient pas. J’ai été sidéré quand j’ai appris l’histoire de Ashley, quand j’ai compris qu’il y avait une question de commodité, qu’elle serait plus facile à transporter, qu’elle pourrait continuer à jouer dans la place de jeux. Je ne veux pas accuser les parents – les personnes confrontées à des situations extrêmes, peuvent être séduites par les solutions les plus bizarres. Ce que je ne peux pas comprendre ce sont les médecins qui ont mis en pratique de telles décisions.
N. Les médecins disent qu’ils étaient exclusivement préoccupés par la qualité de vie de Ashley.
KS : Il n’empêche que, aveuglés par ce souci, ils ont trahi leur vocation. La mission du médecin consiste à améliorer le fonctionnement de l’organisme. Or, ce qui a été fait à Seattle ne relève point de la thérapie mais de la manipulation. Des organes saints ont été enlevés non pas pour sauver la vie, mais au nom d’un objectif flou relevant d’un futur lointain.. Le plus frappant est que vous en parlez comme d’un dilemme. Embrouillés dans une spirale d’arguments « humanistes » nous avons perdu le bon sens qui dit que l’ablation d’un utérus sains, le ralentissement de la croissance pour que la personne puisse prendre place dans une poussette et soit à l’abri des violences sexuelles, relève du même viol que celui, hypothétique, que l’on veut prévenir.
N : N’êtes-vous pas trop sévère ? Les médecins sont capables de prévoir les souffrances futures de l’enfant. Il s’agit d’un geste humain : sachant ce que l’enfant devra endurer à l’avenir si je ne fais rien aujourd’hui, je tente d’arrêter cette course inexorable.
KS : En intervenant sur le développement d’organes sains ? C’est une responsabilité terrible. Et si dans dix ans, alors que les médecins à la retraite vont succomber à la démence, quelqu’un trouve un remède, une thérapie pour venir en aide à Ashly ? Nous ne sommes pas omniscients. Personne ne nous a donné le droit de vie et de mort, même pas sur nos propres enfants. Le revers, le côté plus sombre de nos considérations humanistes, ne vous fait-il pas peur ?
Le sort de l’enfant, faible et inconscient, dépend des sentiments qu’ils m’inspire. S’il m’inspire de la pitié, je lui débranche l’appareil ou lui enlève l’utérus. Il ne faut pas qu’il souffre. S’agit-il bien de lui ? Peut-être qu’il s’agit davantage de moi, il ne faut pas que sa présence me fasse encore souffrir ? Ce n’est pas la faute de tel ou tel médecin ou parent ; c’est la faute à une éducation sociale. Notre civilisation contemporaine n’est pas capable de s’asseoir au pied du lit de l’homme souffrant. La souffrance nous incommode et nous effraie. Plutôt que de passer les derniers moments avec nos parents, nous préférons le couloir de l’hôpital et les appels aux médecins successifs. Ce faisant nous voulons être certains « d’avoir fait le possible ». Nous ne savons pas simplement être aux côtés, prendre la main, garder le silence. Nous devons impérativement « faire quelque chose » avec le souffrant. L’envoyer quelque part, lui faire faire un examen, provoquer sa mort.
N. Il vous est aisé de faire des théories. Que doit faire celui qui est témoin d’une souffrance insupportable ?
KS : Vous pensez vraiment que la seule chose qu’il puisse faire c’est tuer. Même l’homme souffrant est doté de l’instinct vital, il veut vivre. Quand il est faible, il a besoin non pas du poison mais d’un milieu qui, au lieu de fuir et nier la souffrance, l’aide à vivre avec elle. Mon ami, Nicolas Buttet, ancien homme politique et juriste, secrétaire du cardinal Roger Etchegaray, qui après une visite à Calcutta, aux mouroirs de Mère Théresa, est devenu ermite, me faisait remarquer un paradoxe. Les maisons de retraite en Suisse sont exemplaires. Beaucoup de riches Européens, Américains ou Australiens viennent pour y être pris en charge. Toutefois, en dépit de la qualité des soins, beaucoup d’entre eux attendent impatiemment la mort. A l’autre bout du monde, dans les miroirs de Mère Théresa, vivent des gens mal nourris, sans médicaments, souvent sans habits. Là-bas personne n’est pressé de mourir. Ce paradoxe met à nu le problème central : pour notre civilisation la vie n’est plus une valeur en soi. La vie reste une valeur aussi longtemps que son image ne s’écarte pas trop de la vision que véhicule la culture contemporaine. Il y a quelque temps j’ai rencontré un jeune homme à Varsovie, il avait une vingtaine d’années, était intelligent, élégant, drôle, mais avait tenté à plusieurs reprises de se suicider parce que, après avoir subitement perdu ses cheveux, il ressentait la pitié et le regard réprobateur de ses contemporains. Je me souviens aussi d’une autre situation. Depuis longtemps je travaille en faveur des lépreux. Il y a quelques années à Niamey – la capitale du Niger – je participais à une fête des lépreux. Au terme des festivités, j’ai remarqué au centre de la place quelque chose qui m’a glacé le sang. Je ne sais pas comment cet homme parvenait à de déplacer, il n’avait ni jambes ni mains, juste des moignons, il rampait sur le sol en soulevant des nuages de sable. Son visage était aussi terriblement déformé mais souriant. Il ne m’a dit qu’une seule chose : quinze ans auparavant il avait été guéri de la lèpre et il vivait. Imaginez-vous quel aurait été son sort s’il avait été en Europe ou si tel était le cas des milliers de lépreux atteints par la nouvelle variante du Bouroulli de la lèpre qui détruit la peau : les membres tombent et les organes internes apparaissent à la surface.
N : Les lépreux ont toujours inspiré rejet, dégoût et fuite.
KS. Oui, mais dans le passé on s’en détournait. Aujourd’hui n’irait-t-on pas plus loin en essayant de les éliminer ? J'entends des voix qui proposent d’abréger la souffrance de ces malheureux, parce que c’est inhumain et laid, etc.. Et moi, je pose la question : qu’est ce qui est inhumain ? Serait-ce le fait qu’un homme – inspirant, c’est vrai pitié et effroi – ait le droit de suivre son chemin en contrariant mes émotions ?  Jean-Paul II aimait à répéter que l’Afrique est l’avenir du monde. Quand je l’entendais, je pensais qu’il s’agissait là de courtoisie, teinté d’extravagance culturelle, à l’égard du continent. Depuis que je connais mieux l’Afrique, je vois que le Pape avait raison. Le jeune Polonais atteint de calvitie veut mettre fin à ses jours parce qu’il ne correspond pas à la visions qui le subjugue.  L’homme de Niamey est infiniment plus atteint, il vit dans le monde réel avec ses problèmes, il ne désespère pas du fait qu’il n’est pas Tom Cruise. En Europe la vision de l’homme et de la société héritée des Lumières s’effondre alors que rien ne la remplace. Nous errons comme perdus dans le brouillard. L’Africain n’a jamais été prisonnier des Lumières ni de l’après Lumières. Ils ont la boussole que nous avons perdu – la nature humaine. Plutôt que s’évertuer à savoir si la vie est un processus d’abord biologique ou d’abord psychique, ils cherchent le goût de la vie. Dans ces pays la notion « de mystère » est toujours légitime, nous l’avons transformée en absence de connaissance, et il en va de même de la vocation de l’homme que nous avons transformée en quête de bonheur,  carrière et succès. C’est grâce à tout cela qu’il  y a là-bas moins de méprises quand il s’agit d’apprécier la valeur de la vie. La-bas il n’y a pas de ces cliniques que certains appellent ici de leurs vœux où le malade, entouré par la pitié silencieuse des proches et plongé dans une musique soporifique, pourrait avaler le cocktail mortel fait d’antidouleurs et de somnifères.
N : C’est fort bien dit, mais imaginez qu’un homme atteint d’une maladie mortelle, au seuil d’une telle clinique se tourne vers vous. Quels arguments auriez vous à lui proposer ?
KS : Avec les souffrants il faut parler une langue qui est seulement connue de ceux qui ont souffert. Vous savez, quand j’ai perdu ma fille, et lorsque ma femme était à l’hôpital, j’avais autour de moi de nombreux consolateurs, des pseudo-sages qui voulaient à tout prix expliquer. Ils pensaient qu’il suffit d’inscrire la souffrance dans une chaîne de causalités pour y comprendre quelque chose. Ils pensaient qu’ainsi je cesserait de souffrir. C’est de la bêtise. Ceux qui m’ont apporté le plus, étaient ceux qui simplement, ne disaient rien, qui simplement sont venus et se sont assis avec moi. C’est moi qui leur faisais le thé et m’assurais qu’ils n’aient besoin de rien. Contrairement aux conceptions des psychanalystes qui me proposaient alors de me sortir de l’état de deuil, la souffrance a et doit avoir une place dans notre vie. On ne peut la circonscrire à des institutions et homes spécialisés. On ne peut la tuer à force d’arguments, la noyer dans le un flot de paroles comme le font certains socialistes qui avec sagacité parlent de la souffrance. Avant cela, moi-même j’ai parlé de la souffrance pendant plus de dix ans aux étudiants de médecine. En 2001, la Conférence annuelle à l’occasion de la journée des malades était justement consacrée à la souffrance. Quelques mois auparavant j’avais perdu mon père, ma fille se trouvait à l'hôpital en état de mort clinique. Alors que je me suis retrouvé au cœur de la souffrance, je n’était plus capable d’en parler, l'éloquence avait perdu ses moyens.
N : Alors vous garderiez le silence aux côtés d’un souffrant qui penserait à fuir la vie ?
KS : Pas nécessairement. Mais peut-être plutôt que de philosopher, je lui aurais raconté l’histoire de Ania, ma fille qui est née avec  une dystrophie musculaire, clouée dans une chaise roulante. Âgée de 10 ans elle entrait à l'hôpital avec une pneumonie mal diagnostiquée. Après quelques semaines elle n’avait plus la force de respirer. Des médecins de mes connaissances me téléphonaient pour me dire qu’Ania avait peu de chances de s’en sortir. Il y a longtemps qu’elle ne parlait plus. Quelqu’un a eu alors l’idée de lui donner par la sonde quelques gouttes de soupe aux carottes. Immédiatement elle a ouvert les yeux. A peine quelques heurs plus tard, une douleur atroce au ventre est apparue. Ania criait, le ventre gonflait à une vitesse affolante. Diagnostic : ’obstruction des intestins. Des téléphones ont repris : «  Tu dois savoir que Ania va mourir. Une intervention chirurgicale est indispensable mais Ania ne supportera pas l'anesthésie ». Vers minuit les médecins avaient décidé que mieux vaudrait que ma fille meure des effets de l’anesthésie que de douleur. Je me souviens comment nous faisions les cent pas en récitant le chapelet avec les infirmières. Nous avons obtenu un miracle – Ania a survécu. Mais le lendemain, elle se plaignait à nouveau, plus que cela, elle disait mourir de douleur. A cause de sa maladie, Ania n’avait plus de muscles entre les côtes qui permettent de respirer, et elle respirait par le ventre, plus exactement par la grande plaie laissée par l’opération. J’alertais les médecins qui me renvoyaient en disant qu’Ania fabulait, qu’elle était sous de puissants médicaments. Finalement elle s’est calmée... elle s’est évanouie. Après vérification, il est apparu que le médecin de garde avait oublié de lui administrer à temps les médicaments prescrits. Après deux jours, ma petite s’est réveillée souriante, en me demandant si j’étais vraiment là, parce qu’elle, elle était déjà au ciel. Elle demandait un miroir, demandait qui était la petite fille, parce qu’elle-même était déjà morte. Debout près du lit, j’écoutais ému et tétanisé. Les médecins m’expliquaient que la douleur avait endommagée le cerveau d’Ania.  Peu après il y a eu une amélioration fulgurante. Ania guérie est revenue à l’école, elle est devenue présidente de sa classe, elle a s’est mobilisée pour les enfants handicapés, et nous avons commencé ensemble une collaboration avec la télévision. Je ne le raconte pas pour vous attendrir, je veux seulement montrer qu’il faut lutter pour la vie jusqu’au bout.  Savez-vous combien de fois pendant cette période les médecins nous ont proposé, à ma femme et moi, de « profiter de la prochaine occasion » et de ne plus réanimer notre fille à la prochaine fois que sa vie serait en danger ? Encore aujourd’hui j’entends les paroles d’un anesthésiste : « Savez-vous ce que c’est la vie en fauteuil roulant ??? Il criait pour me convaincre que je n’étais pas capable de penser au bien de l’enfant et que je ne pense qu’à moi.
N : Que lui avez-vous répondu ?
KS : Rien. De toute façon il n’aurait rien compris. Même quand Ania se rétablissait, il luttait avec la tentation de lui faire quelque chose. Il proposait par exemple de lui faire une trachéotomie. Je lui demandais pourquoi, puisque Ania respirait et mangeait seule  « Cela ne fait rien, de toute façon bientôt elle cessera de le faire », répondait-il. Nous avons décidé, avec ma femme, de ramener la petite immédiatement à la maison. Grâce au fait que nous avions refusé d’entrer dans la spirale infernale de considérations sans objet immédiat, ma fille a encore vécu quelques années heureuses.
N : Vous n’avez jamais hésité, vous n’avez jamais eu la tentation de laisser partir l’enfant ?
KS : Non. Je savais que même si humainement je ne pouvait rien pour elle, je devais simplement rester avec elle jusqu’au bout. Et je suis resté. Toute notre famille est restée. Même quand le sort a resserré encore davantage le noeud de notre souffrance, quand Ania âgée de douze ans est morte dans un accident de la route. Elle revenait avec sa mère d’une promenade en forêt, à quelques mètres de notre maison dans la banlieue de Varsovie, et elle a été renversée par une voiture sur un passage clouté. On l’a retrouvée avec son fauteuil lesté d’une lourde batterie à 30 mètres de l’endroit du choc. Ma femme était dans un état critique, elle avait perdu la jambe. Comme Ania était consciente et s’inquiétait de l’état de sa mère, l’ambulancier qui est venu chercher ma femme, en contrevenant à toutes les régles du secourisme, a pris Ania dans ses bras et l’a amené à l’hôpital sur ses genoux. Toutefois dans le premier hôpital il n’y avait ni de spécialistes de la chirurgie infantile pour sauver Ania, ni de ceux de la chirurgie des vaisseaux pour venir au secours de ma femme. Alors on a appelé l’hélicoptère qui a conduit l’enfant vers un hôpital militaire qui n’a pas voulu prendre en charge l’enfant mourant. Elle a été dirigée sur un troisième hôpital ; elle aurait dû l’avoir atteint en quinze minutes, alors qu’ils ont mis trois heures. Elle est morte aux admissions. Pendant ce temps ma femme luttait pour la vie. Elle a eu 11 opérations.
N : Paraît-il lors de l’enterrement d’Ania il a été fait lecture d’une lettre de votre femme dans laquelle elle pardonnait au conducteur fautif.
KS : Oui. Moi-même, pendant cette messe j’ai dit que je pardonnait au jeune conducteur la mort de notre enfant. Par ailleurs, au médecin qui avait oublié de donner les anti-douleurs à Ania, un dimanche j’ai amené un repas, sachant que le dimanche il n’y avait pas de repas pour les médecins. Quant à l’opinion des experts qui atteste que les secours ont été portés de manière irréprochable, elle m’apitoie mais je reste serein. Parce que , vous savez, la souffrance a toujours existé, elle existera toujours quel que soit le nombre de coupables que nous aurons puni, le nombre d’organes que nous aurons enlevé, le nombre de personnes que nous aurons endormies. Quoi qu’on dise cette phrase sonne aux oreilles de l’Européen moyen comme de l’hérésie – mais il y aura toujours des enterrements.
N : Vos propos sont si héroïques, qu’il sont difficiles à croire. Je ne peux pas croire que cela ne vous ait pas fait mal.
KS : C’est clair que cela a fait mal, très mal. La souffrance est insupportable dans la solitude, mais si on a, comme moi des enfants aimants et des proches, ils forment comme une muraille que la tentation de déserter ne peut franchir. Voici le coeur de la question : je ne pourrais échapper à la souffrance mais, quand elle me touche, je veux avoir autour de moi des gens qui me tendront non pas un cocktail mortel mais du thé préparé avec du coeur. Ils ne m’enlèveront pas l’utérus, ne raccourciront pas mes jambes mais plutôt organiseront un concert pour acheter un fauteuil roulant plus adapté ou pour engager une infirmière supplémentaire, des gens qui s'engagerons jusqu’au bout. J’avais rencontré de telles personnes aussi à l’hôpital, quand Ania était à l’article de la mort et quand nous luttions pour sa vie après l’accident.
N : Pendant un moment vous me faisiez penser à Job ...
KS. Il a eu moins de chance avec ses amis que moi. Souvenez-vous comment se sont comportés ses proches. Des milliers de conseils, de poncifs, de recettes. Ce ne sont pas des amis – cela ressemble étrangement à une commission d’éthique des temps modernes. Elles sont aujourd’hui à la mode, parce que cela devrait aider à la prise de décisions dans des situations comme celles que vous évoquiez au début de notre conversation. L’exemple de la France qui recourt largement à ce type d’instances, montre qu’ils sont tendance à se transformer en cercles de discussion capables de proposer quelques idées plus ou moins pertinentes pour décrire des problèmes moraux. Ces commissions n’atteignent pas leur principal objectif. Et elles ne peuvent pas l’atteindre. Parce que les décisions les plus importantes concernant la vie et la mort ne sont pas prises par l’humanité mais par l’homme. Il y aura toujours des philosophes qui, comme Auguste Comte penseront que l’homme est Dieu, et il y en aura d’autres comme Freud qui diront que l’homme c’est une maison faite de canalisations. Ces problèmes doivent être résolu en conscience. Et quand on ne sait pas comment se comporter, il faut se comporter le plus simplement possible, c’est à dire bien...
Savez-vous, tout le temps je réfléchis à votre question : que dirais-je à celui qui aurait décidé qu’il en a assez d’une telle vie et qu’il déserte, qu’aurais-je dit aux parents de Ashley ? Peut-être cela, que je me suis rendu compte que la vie est avant tout un don. Si vous me faites cadeau de votre stylo, je ne pourrais pas en faire tout ce que je veux. Je ne pourrais pas le détruire sous vos yeux, ni le jeter, ni le vendre. Même ce stylo sans importance m’oblige. La vie oblige bien plus fortement.
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9 octobre 2007 2 09 /10 /octobre /2007 05:59
1. PRESENTATION DE LA QUESTION

Au sein des sociétés avancées, la lutte contre la souffrance humaine est centrale. Aujourd’hui, une multiplicité de moyens permettent de  la contrôler, notamment en fin de vie. La hantise de la souffrance a favorisé la médicalisation de tous les maux et de tous les risques. Cette médicalisation s’étend aux problèmes  de la conception, de la sexualité, de la procréation, de la reproduction, en cas d’accident, d’handicaps ou de maladies, dans la gestion des multiples problèmes de vie courante et de la fin de vie.
Quel que soit l’objectif : lutter contre la souffrance, contre une d’incapacitation ou rechercher une meilleure qualité de la vie ou stimuler de la fonction reproductive, la solution dépend d’innovations dans les sciences et les techniques biologiques, biochimiques, biogénétiques, neurologiques et neurochimiques.
Sur les acquis des sciences et techniques, on peut porter un jugement négatif parce qu’ils ouvrent la porte à la contraception masculine ou féminine, à l’avortement, à la procréation médicalement assistée, à la sélection des embryons, au choix du sexe ou de la race. On peut regretter l’utilisation abusive de certaines techniques ou moyens de surveillance de la grossesse par les images ultrasoniques ou par l’amniocentèse mais, dans certains cas, ce peut être utile : des enfants ou des mères peuvent être sauvés.
Qu’on les juge bonnes ou mauvaises, les innovations continuent. Les nouvelles médecines procréative, reproductive, régénérative ou réjuvénisante sont boostées par les progrès obtenus par les sciences et techniques attelées à la recherche sur le vivant animé ou inanimé. 
Dès lors, le traitement de nombre de problèmes de santé et de vie, dépend des innovations dans les sciences et techniques de la vie, du cerveau et de la conscience. Elles s’appliquent à tous les âges de la vie, dans les maladies invalidantes ou dans le contournement des handicaps héréditaires. Elles retardent le vieillissement et les dégradations liées au grand âge et eduisent les souffrances qui les accompagnent.
Aujourd’hui , les thérapies géniques (cellulaires et moléculaires) sont en plein développement. En utilisant des cellules souches ou pluripotentes adultes, on va contribuer à la régénération d’organes ou de tissus lésés. La génomique ouvre la voie à des interventions sur les gênes, aux diagnostics préimplantatoires. Au départ, le projet est d’éviter la reproduction de maladies ou de traumatismes hautement handicapants, mais « in fine », on vise le perfectionnement de l’homme dès le stade embryonnaire, l’amélioration de ses performances. Ensuite dans le cours de la vie, on cherche à repousser les limites du corps ou de l’esprit.
Les recherches concernant la vie et l’homme sont développées par de puissantes entreprises multinationales à la pointe dans les domaines de la biogénétique, de la chimie, de la médecine, de la pharmacie et de la pharmaco-génétique. Que ce soit au sein de laboratoires privés, voire publics, ces firmes sont attelées aux  recherches  concernant la vie de l’homme, sa reproduction, ses maladies, ses handicaps, ses souffrances.
Les acquis des sciences et techniques concernent les conditions de procréation, de reproduction,  la poursuite de la qualité de vie, le relèvement des performances, de même que le contrôle des émotions et des états de conscience, comme encore tout ce qui permet de lutter contre le vieillissement et de reculer la mort.
Cette révolution biologique ou biogénétique, de même que la révolution neuro-biologique et neurochimique résultent de la convergence et de l’interdisciplinarité des recherches, de la coopération entre les chercheurs et de la symbiose entre les différentes techno-sciences relatives à  l’homme et à son évolution : les NBIC selon l’appellation des experts : l’acronyme fétiche construit à l’instar des NTIC (Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication). Elles intègrent : les Nanosciences et les nanotechnologies qui permettent de prospecter, de transmettre et d’intervenir à très petite échelle ; les sciences et techniques Biologiques, la biologie moléculaire, la biogénétique et les biotechnologies, ainsi que la bionique qui vise à l’intégration harmonieuse entre homme, puces et machines et la création de cyborgs ; les sciences et les techniques de l’Information, de l’imagerie médicale et de la computation et enfin, les neurosciences, les neurotechnologies et les sciences neuro-Cognitives. D’énormes moyens financiers sont engagés dans la promotion de NBIC par les instances publiques, même si elles sont désireuses d’instaurer des moratoires, mais surtout par les puissances privées qui dans le cadre de la globalisation choisissent les lieux et les pays où elles seront les moins contrôlées pour développer leurs recherches ou pratiques.
L’attention grandissante portée aux NBIC provient de ce qu’elles touchent directement à la vie, au cerveau, aux émotions, à la conscience, à l’intelligence et à l’esprit. Mais en outre, elles sacralisent la quête d’une vie meilleure dès ce monde que ce soit à travers la manipulation de l’homme, le remodelage de son corps, la transformation de son esprit, de son humeur, de sa conscience. Avec d’autant plus d’acharnement qu’en ces domaines les enjeux financiers et de pouvoir sont énormes. Ainsi, la médicalisation se trouve « instrumentalisée » et entraînée sur la voie de la « marchandisation » et de la commercialisation de l’humain.
Dans nombre domaines de la vie, la recherche de la vérité scientifique et le développement des pratiques en découle se traduisent en des actes transgressifs des « commandements » de Dieu qui imposent le respect de la vie et de la nature humaine.
Pour l’Eglise, les multiples moyens de contrôle de la conception, comme de l’infécondité et de l’infertilité sont une transgression des lois de la nature et de l’identité de la personne conçue à l’image de Dieu et à sa ressemblance. De son point de vue, le génome humain, l’ADN, les gamètes, ou les embryons sont intouchables, sans quoi l’enfant n’est plus le produit de l’amour mais de la science. La procréation assistée n’est plus le fruit de l’amour mais le résultat d’une technique, même si ce sont des personnes légitimement mariées qui en ont souhaité l’application. Il n’empêche que du point de vue  des couples, les démarches visant à la procréation d’un enfant sont avant-tout la manifestation et la concrétisation de leur amour. L’enfant qui naîtra sera considéré, à coup sur, comme le signe et le fruit de leur amour. Parallèlement l’Eglise encourage toutes les recherches et les application visant au développement des technologies favorisant la reproduction naturelle (le NaPro-Technologies)
De même, l’Eglise considère que les interventions sur le cerveau et sur les états de conscience peuvent entamer le libre-arbitre. Or la neurobiologie débouche aujourd’hui sur une possible transformation des niveaux de sensibilité et de conscience qui construisent et constituent l’identité d’une personne. Par la génomique et la neurobiologie, ce sont moins les rapports entre science et foi qui sont en jeu que les rapports à l’éthique : les problèmes éthiques soulevés par ces recherches et ces nouvelles pratiques sont légion.

2. EN REPONSE, DEUX ATTITUDES SONT POSSIBLES

Face à ces développements biologiques et neurobiologiques, deux courants s’affrontent.
Pour un premier courant, l’intervention sur l’embryon est une atteinte à une personne en devenir. Pour l’Eglise, l’embryon est un humain dès sa conception. On attente à la vie, lorsque qu’après un temps, on détruit les embryons surnuméraires ou  on les utilise à d’autres fins. Mais les scientifiques ne sont pas tous d’accord sur ce qui constitue le début de la vie humaine.
De la même façon, en manipulant les capacités ou la conscience de l’homme, on touche à la liberté, à l’autonomie, à l’identité de l’homme; on entame sa dignité ; on fait fi de l’égalité de nature.
Ceux qui s’opposent à ces manipulations, considèrent ques ces atteintes à la vie, à l’intégrité de la nature humaine et à la conscience de l’homme sont le fruit des laboratoires et des recherches financées par de grandes entreprises, en collaboration avec les pouvoirs publics et les universités. Dans les faits, ces initiatives qui visent à la transformation de l’homme, à la transcription du son génome en un code informatique ou alors au contrôle des humeurs, des passions, des idées, des états de conscience, sont guidées par l’appât du gain, par les immenses profits pouvant découler d’innovations intervenant dans la production de l’humain. Ces innovations servent à répondre aux demandes de ceux qui y voient une solution aux problèmes de leur apparence physique ou à leurs problèmes vitaux ou mentaux. Grâce aux progrès des sciences et des techniques géniques, neurologiques, médicales et pharmaceutiques, de véritables marchés se développent contribuant à la désacralisation de l’humain.
Pour les opposants, la plupart de ces innovations et interventions violent le droit à naître, à vivre et à mourir selon les lois de la nature. Elles violent le droit à une naissance, à une vie et à une mort naturelles. Mais qu’est-ce qu’une naissance, une vie ou une mort naturelles ? Peut-on les concevoir sans accompagnement, secours médicaux ou pharmacologiques ?
Pour les adeptes du second courant, l’intangibilité du génome humain ne se justifie pas. Parmi eux figurent des prix Nobel, tel le professeur Christian de Duve, mais aussi James Watson, par exemple, comme encore des bio-éthiciens. Ils estiment qu’à terme, des interventions géniques permettront d’éviter la survenance de diverses maladies lourdement handicapantes.
Les diagnostics préimplantatoires, comme les techniques qui permettent le contrôle de l’évolution du fœtus et de la grossesse, permettent aux parents d’éviter le risque de mettre au monde un enfant atteint d’un désordre génétique grave ou condamné à souffrir d’une maladie ou d’un handicap hautement dommageable et pénible.
Selon les adeptes de ce second courant, notre nature biologique ou notre corporéité est le résultat d’une succession de changements génétiques obtenus par la voie de sélection naturelle et par les changements dans les conditions d’environnement. On sait aussi que notre cerveau, cette pièce maîtresse de l’hominisation et donc du passage du singe à l’homme, s’est fortement développé au cours de l’évolution. Il en est ainsi même si l’on croit que l’humanisation ou l’acquisition de l’âme humaine résulte d’une intervention divine favorisant l’éclosion de la vie spirituelle, le développement de l’esprit et donc de la culture à travers les rapports et échanges verbaux entre humains.
Selon ce second courant, l’évolution biologique de l’homme n’est pas arrivée à son terme. Alors pourquoi ne pas manipuler la nature et orienter notre propre évolution en fonction de nos connaissance? Créé à l’image de Dieu, pourquoi Dieu l’aurait-il privé de cette intelligence et de cette possibilité ? Ce courant n’hésite pas à croire qu’il est possible d’optimiser certaines facultés de l’homme, y compris les plus nobles, même si, aujourd’hui, de telles manipulations suscitent nombre de résistances. Mais est-il imaginable qu’elles ne soient pas mises en œuvre même si elles balayent la conception séculaire de la nature et du respect d’une nature humaine définie immuable? Dans les faits, rien n’empêchera ces manipulations biologiques ou neuro-biologiques. D’autant mieux que, selon les adeptes de ce courant, ces manipulations sont le fruit de l’essence spirituelle de l’homme. Pourquoi, dans ces conditions, se priver de la connaissance du génome de chacun et de l’appropriation des interventions et des médications qu’un jour prochain, elle permettra d’améliorer ?
 
3. L’IMPACT SUR LES MODELES DE CONSTITUTION ET DE GESTION DES FAMILLES

Notre objectif n’est pas trancher le débat mais de repérer comment les projets de constitution et de gestion d’une famille se trouvent profondément transformés, voire modelé par les avancées des sciences et des techniques principalement dans les domaines médical et pharmaceutique, biogénétique et neurobiologique.
Aujourd’hui, les familles font face à une panoplie d’interventions et d’institutions médicales au service de la santé globale, comme de la santé reproductive de ses membres ? Comment réagissent-elles aux sollicitations en ces domaines? Compte tenu des situations de plus en plus complexes dans lesquelles elles se développent, comment opèrent-elles leurs choix ? Selon quels critères ou motivations éthiques? 
Il est incontestable que les innovations et révolutions dans les sciences et techniques de la vie et du cerveau exercent une fascination sur les familles. Pour elles, la vie est sacrée et se doit d’être vécue dignement. Dans la mesure où la performance au sein des sociétés avancées est un impératif, un devoir, elles savent que le meilleur à le plus de chances d’avoir une vie digne d’être vécue. Cela peut les conduire au contrôle des naissances ou encore au refus  de l’idée d’accueillir un enfant handicapé. D’autant mieux que, dans le même temps, les familles sont confrontées à des transformations profondes et à des difficultés accrues dans leurs conditions et contextes de vie : dans le  travail, les consommations et les loisirs.
Cette approche à partir de la cellule familiale doit permettre de recontextualiser les problèmes éthiques et, notamment, d’éviter de les traiter séparément les uns des autres. Les  familles d’aujourd’hui sont forcées à faire des choix dans un ensemble de situations et de conditions interdépendantes, dans des circonstances variées, de complexité croissante et en évolution constante à travers la vie. C'est en partant de ces interdépendances, de la variété et de la complexité des problèmes qu'il sera possible de les aider, de les accompagner et de les guider dans leurs choix et dans la poursuite de leur idéal et projet. Pour y arriver, il faut étudier comment la civilisation contemporaine transforme la famille, sa gestion, son fonctionnement, sa composition et sa durée.

4. LES FAMILLES FACE A LA MEDICALISATION


En ce début du vingt-et-unième siècle, la famille est à la fois favorisée et bousculée par des mutations multiples et permanentes sur les plans économique, écologique, politique, culturel, social. En outre, elle est interpellée par les progrès sur les plans médical, pharmaceutique, pharmaco-chimique et pharmaco-génique et génétique. Ces innovations diverses confrontent les familles à une infinité de problèmes nouveaux et leur imposent des choix éthiques auxquels elles n’ont pas été préparées.
Le développement des sciences et des techniques du vivant contribue à une médicalisation de la fonction reproductive et du cycle reproducteur. Il s’étend jusqu’au traitement hormonal et médical de la ménopause. Ces sciences et techniques du vivant cherchent à résoudre tous les problèmes de la fécondité et de la maternité, de même que les problèmes de santé émaillant le cycle complet de la vie, depuis l’enfance, l’adolescence et la post-adolescence, puis la maturité, la vieillesse et la mort.
Quelques exemples illustrent cette médicalisation. Dès le projet de mariage, certains recourent à la médecine pou des examens de santé, parfois pour un contrôle de la séropositivité; puis, dans le mariage, dès le désir d’enfant et de procréation, car une famille sur cinq va rencontrer des problèmes de fécondité féminine ou d’infertilité masculine. Par ailleurs, pour certains couples, compte tenu de l’antécédent des personnes, se pose la question de la qualité du patrimoine génétique hérité et transmissible. A toutes, il va s’imposer d’assurer l’accompagnement et la surveillance médicaux de la grossesse. Ainsi, la reproduction passe sous le contrôle d’instances médicales, souvent jouxtées d’instances de soutien et d’accompagnement social et psychologique. Par la suite, surviennent les événements heureux ou malheureux qui égrènent la vie, tels les maladies, les accidents et les handicaps physiques ou autres. Viennent enfin les problèmes liés au vieillissement, à l’accompagnement de la fin de vie et à la mort.
C’est donc à tout instant qu’en ce début de siècle, les familles se trouvent face à des problèmes et des choix éthiques, car la médicalisation de la procréation, comme de la vie, élargit les options possibles. Elle pousse à la recherche d’alternatives par rapport à la santé et à la vie. Elle tente de plus en plus souvent à contribuer au confort des personnes, à leur qualité de vie, à la transformation de leur apparence physique par la chirurgie plastique, voire cosmétique, à l’amélioration de leurs performances au service de sociétés toujours plus productives et concurrentielles ; de sociétés qui, dans le même temps, cultivent un esprit consumériste et hédoniste. De nos jours, les familles sont confrontées à une panoplie d’offres thérapeutiques (médicales et paramédicales), voire séduites par une série d’interventions purement cosmétiques auxquelles elles se soumettent d’autant plus aisément qu’elles sont plongées dans une civilisation de l’apparence et de la performance.
Ces formes de médicalisation favorisent la longévité mais celle-ci débouche sur les maladies chroniques, celles de la vieillesse et sur une médecine qui vise à la ré-instrumentalisation, la remusculation et la recomposition tissulaire. Ainsi se crée un marché de la médecine régénérative. Sur ce marché, les thérapies géniques (cellulaires et moléculaires) deviennent centrales : ce qui explique l’importance croissante accordée aux recherches sur les cellules souches pluripotentes adultes, voire embryonnaires, car tous les pays sont loin d’avoir les mêmes conceptions sur le caractère sacré de l’embryon.
La médicalisation implique des choix éthiques de la part des familles. Une fois faits, ces choix ont des conséquences voulues et non voulues, des effets directs et indirects, heureux ou malheureux en de multiples domaines. Ainsi, la médicalisation de la reproduction et de la vie n’est pas sans conséquences sur l’étendue et la composition des familles, sur la répartition des rôles en leur sein. En favorisant la survie des femmes et des bébés lors des accouchements, on accroît l’efficacité reproductive des couples. Au total, moins de naissances sont nécessaires par couple pour construire la famille désirée et assurer la stabilité de la population. En choisissant le nombre et l’espacement des naissances, les femmes disposent de périodes plus longues à consacrer  à d’autres tâches que reproductives ou éducatives. De même, en contrôlant mieux les maladies infectieuses ou chroniques, en corrigeant autant que possible les handicaps, la médicalisation n’accroît pas seulement la longévité des personnes, elle permet la survie et la coexistence de générations multiples.
Ces transformations confrontent les familles à une diversité de problèmes nouveaux.; affectent leurs projets, leurs choix de vie ; commandent leurs options éthiques, y compris en matière de fécondité et de santé.

5. AUTRES FACTEURS A LA BASE DE LA TRANSFORMATION DES FAMILLES

Entité de consommation après avoir été unité de production, la famille a conservé de nombreuses fonctions. Pour un bon nombre, elle reste un havre de paix, un lieu de refuge, de protection et de sécurité pour les personnes ; un endroit propice à l’expression des sentiments et des émotions; elle est un réservoir d’amour et de solidarité; un centre de socialisation et d’éducation, notamment sur le plan spirituel et religieux.
Mais si l’on veut connaître et comprendre ce qui transforme les familles, leurs modes de gestion, de fonctionnement, leur composition et leur durée ou ce qui affecte leurs choix éthiques, il importe de repérer les révolutions et pressions diverses auxquelles elles sont exposées et qui les incitent à une médicalisation accrue.
1. Dans les sociétés avancées, les travailleurs, hommes ou femmes, sont soumis à une productivité élevée. Des professionnels, on attend de hautes performances. Des chercheurs, on espère des innovations. De tous, on exige adaptabilité, flexibilité. Les récompenses sont  calculées, voire individualisées en fonction des résultats. Fatalement, compte tenu des mutations économiques permanentes, les carrières professionnelles sont parsemées de périodes imprévisibles et parfois longues de chômage et d’attente. Les changements d’orientation professionnelles sont de plus en plus fréquents, entraînant des déménagements parfois des expatriations.
En outre, pour vivre correctement, les familles ont souvent besoin de deux salaires : d’où l’entrée massive des femmes sur le marché du travail et parfois la nécessité de correspondre à des impératifs horaires ou géographiques différents avec les effets que l’on imagine sur la stabilité des familles et des couples.
2. Productivistes, les sociétés avancées sont également des sociétés de consommation. Autrefois basées sur la consommation, le loisir et la culture de masse, elles se muent aujourd’hui en économies de la séduction et de la distinction et jouent sur la diversité et la présentation des produits, sur la différenciation des qualités, sur la diversité des services en fonction des revenus et des âges. Les jeunes et les moins jeunes ne sont pas les moins exposés à la publicité et aux médias. Dans ces sociétés, les entreprises manipulent la subjectivité des consommateurs ou clients par la publicité, la théâtralisation des lieux de consommation, le développement de différents styles de vie. A travers la diversification des biens et des services, ainsi que  la transformation de la subjectivité des acteurs, les économies modernes promeuvent la quête du bonheur, favorisent l’hédonisme, poussent à l’autonomie et donc à l’individualisation des goûts et préférences des acteurs et consommateurs.
3. L’individualisation des parcours de vie des personnes découle de la recherche de l’épanouissement et de la réalisation de soi, de la construction de son  identité. Ce qui n’est pas sans conséquence sur les relations au sein des familles, sur le type et la qualité des rapports entre époux, tous deux contraints à travailler; ni sans effets sur la communication entre parents et enfants, ainsi que sur les liens entre les générations d’une famille.
Sur le plan de la consommation, les désirs et besoins de chacun se trouvent mis en concurrence avec ceux des autres membres  de la famille. D’autant mieux que la cellule familiale se démocratise et assure une plus grande égalité dans les rapports entre les personnes. L’ère de la gestion patriarcale est dépassée. Aujourd’hui, les familles s’organisent selon un mode de gestion plus démocratique mais aussi plus coûteux qu’autrefois dans la mesure où chacun veut pourvoir correspondre à ses désirs.
4. Productivistes et consuméristes, les sociétés les plus avancées impliquent que l’on investisse plus et mieux dans le développement et la formation de l’homme, depuis sa naissance, durant l’enfance et l’adolescence, puis la post-adolescence. Les jeunes sont donc de plus en plus longtemps à charge de leur géniteurs, parfois jusqu’au delà des études supérieures, notamment lorsqu’ils sont en quête d’un emploi ou d’un logement. En outre, contrairement à ce que l’on a connu dans le passé, lorsque les familles étaient des unités de production, les parents d’aujourd’hui bénéficient peu des investissements consentis au service des générations nouvelles.
De nos jours, l’investissement en capital humain se développe à travers toutes les initiatives visant à développer la formation au long de la vie mais constitue un coût élevé pour les familles.
Ainsi la famille doit de manière continue trouver comment concilier travail et famille, équilibrer dépenses et revenus,  satisfaire les besoins d’information, de formation et de consommation des uns et des autres et, dans le même temps, trouver le juste milieu entre les engagements et relations internes et  externes.
5. La famille est devenue un tremplin vers le monde extérieur. Aujourd’hui, la famille est inévitablement ouverte sur l’extérieur. L’évolution du contexte global fait que les relations de chacun se développent rapidement hors de la sphère naturelle de la famille.
Dans le même temps, à l’ère de l’information et de la communication, et au sein d’économies de la connaissance, la famille est exposée et pénétrée de toutes parts. A travers l’ensemble des appareillages de communication  (radio, télévision, internet, téléphones fixes et portatifs), elle se situe au centre d’un ensemble de réseaux. Elle devient un nœud de communication.
Le foyer n’est plus seulement le lieu physique des relations face-à-face, il est de plus en plus un site débouchant sur les réseaux d’amis, les groupes d’intérêt de chacun.  Relié aux réseaux planétaires de diffusion et de communication, le foyer est un lieu où l’on peut être physiquement présent tout en se trouvant émotionnellement et mentalement à distance. Dans nombre de familles, on ne prend même plus systématiquement les repas ensemble et l’on va grignoter devant la TV.
Dans la famille d’aujourd’hui, chacun à son domaine et cultive son « jardin » personnel. En son sein, chacun prend plus de liberté et s’affirme dans ses choix Ainsi, l’intimité et la sociabilité sont sensiblement transformées tant au niveau des liens conjugaux que parentaux. La capacité de surveillance et de contrôle sur les utilisations des divers médias de communication sont sensiblement réduits. Le risque est aussi de consacrer moins de temps aux autres à l’intérieur de la famille, comme entre les générations.

*   *   *
Tels sont les multiples facteurs qui mettent la famille sous tension, même lorsqu’elle est basée sur un lien conjugal et parental fort : celui découlant d’un mariage hétérosexuel, religieux ou civil.
Qu’on le veuille ou non, la famille se trouve engagée en première ligne dans la lutte contre la culture hédoniste et matérialiste, contre l’individualisme promu par le productivisme et le consumérisme, contre le relativisme ambiant. C’est dans ces conditions, qu’elle doit promouvoir une culture de la vie et une civilisation de l’amour fondée sur l’ouverture à Dieu et aux autres, proches ou lointains.
C’est aussi dans ce vaste contexte qu’il faut comprendre les transformations des fonctions de la famille, de sa dimension, de sa structure et de sa gestion. C’est dans ce contexte de mutation globale qu’il faut analyser les personnes et les familles, leurs parcours, leurs choix de vie, mais particulièrement leurs options en matière de santé et de reproduction que ce soit par rapport au corps, sa motilité, son apparence et son attirance; par rapport à l’équilibre psychologique et mental . En tous ces domaines les personnes et les familles lesquelles sont à l’affût de performances nouvelles du corps, de la mémoire, de l’intelligence et de l’esprit. Ces objectifs sont accessibles ou le seront bientôt suite aux progrès de la médecine, de la chimie et de la pharmacologie à la base de la médicalisation de la vie.
Ainsi, les innovations médicales, pharmaceutiques et chimiques permanentes ne sont pas sans conséquence sur les familles et leurs options de vie. En outre, on ne peut ignorer les séquelles de la révolution sexuelle ; les conséquences de la dissociation entre fonctions sexuelle et reproductive ; les impacts de la révolution procréative et reproductive, ni les effets de la révolution découlant du développement de la médecine régénérative, source de  longévité croissante.

6. L’IMPACT DES REVOLUTIONS SEXUELLE ET REPRODUCTIVE

1. Les effets de la révolution sexuelle
La révolution sexuelle dans laquelle la famille se trouve plongée découle, par delà le contrôle naturel des naissances, des possibilités de stérilisation mais, principalement, de la prolifération des moyens de contraception utilisables par l’homme ou par la femme qu’ils soient de type mécanique, biochimique ou chirurgical. La libéralisation de la vente et l’abaissement des prix des contraceptifs en ont facilité l’accès et favorisé utilisation. On les trouve dans les rayons des supermarchés et la télévision en fait la publicité.
Autrefois, les moyens masculins de contrôle masculin étaient les plus connus. Aujourd’hui, les contraceptifs sont plus utilisés par les femmes que par les hommes. Dès les années cinquante, le recours à la pilule contraceptive se développe parce qu’elle fournit à la femme une possibilité de contrôle de la fécondation équivalente à celle de l’homme. Puis vint « la pilule du lendemain ». Les féministes croient que la révolution sexuelle des années cinquante a assuré la « libération » des femmes, favorisé leur entrée au travail et développé leurs possibilités de carrière.
Quel que soit le jugement moral que l’on tient sur ces pratiques et donc sur la maîtrise féminine de la fécondité, leur généralisation a de multiples conséquences, parmi lesquelles les possibilités d’espacement des naissances et la fixation de leur nombre. Cette maîtrise, qu’elle soit le fait de l’homme ou de la femme, entraîne une dissociation catégorique entre la fonction sexuelle et la fonction reproductive dans comme hors de la famille. Elle explique la forte chute, sinon l’effondrement de la natalité particulièrement dans les familles des pays les plus développés d’Europe et des Etats-Unis. Cette maîtrise de la fécondité explique également pour partie le nombre croissant de familles désagrégées dans la mesure où les moyens contraceptifs facilitent les liaisons extra-conjugales et conduisent « in fine » à un grand nombre de séparations et de divorces. Mais ces liaisons expliquent aussi le nombre d’enfants nés hors mariage au point que certains n’hésitent pas à parler de la batardisation résultant de la révolution sexuelle.
Les moyens contraceptifs ne concernent pas que les adultes et les personnes mariées. Leur usage se développe dès que l’on atteint de la maturité sexuelle et explique l’éclosion des amours précoces et juvéniles, puisqu’il ne semble plus avoir de dangers ni de limites  aux relations prémaritales.
Même si certains n’hésitent pas à parler de la « libération » de la femme par la contraception, sa généralisation loin de réduire les appétences sexuelles masculines semble les renforcer dans la mesure où plus de femmes paraissent accessibles sans conséquences pour leur fécondité. Certaines études vont plus loin et n’hésitent pas à établir un lien entre le développement d’une sexualité « exploitative » en famille, entre le développement de la maltraitance et de la violence sexuelles intra-familiales et le développement de l’utilisation de moyens contraceptifs.
Mais la montée de la sexualité « exploitative » ne s’arrête pas là.  La généralisation des moyens contraceptifs conduit à l’instrumentalisation et à la commercialisation du sexe. Ainsi, par rapport au passé, les femmes et jeunes filles apparaissent moins protégées des abus sexuels dont le nombre est d’ailleurs croissant. Ce qui, à son tour, n’est pas sans rapport avec le développement de la pornographie et des sites qui lui sont dédiés sur l’ « internet », de même qu’avec la présentation abusive du corps dont la publicité fait usage.
La libération débridée de la sexualité paraît pourtant se calmer ne fut-ce qu’en raison de la prolifération du Sida et des diverses autres contaminations pour lesquelles les contraceptifs ne sont pas toujours et nécessairement une protection efficace.
Toutefois, notre objectif n’est pas d’étudier tous les effets de la révolution sexuelle. Il est plutôt de reconnaître l’ensemble des pressions et des contraintes  qui s’imposent aux familles et qui les conduisent à faire de nombreux choix : éthiques ou non.
De ce point de vue, que l’on se réjouisse ou que l’on déplore la vague contraceptive qui envahit les sociétés, il suffit de constater qu’en moins d’un demi-siècle, la révolution sexuelle a réduit la fécondité des familles à un niveau qui, dans bien des pays « avancés » , n’assure plus le renouvellement de la population.

2. La révolution reproductive
La révolution sexuelle a contribué à séparer la fonction sexuelle de la fonction reproductive. Quoiqu’il faille en penser moralement, elle a permis le contrôle de la conception et de fixer le nombre d’enfants désirés par les époux.
Mais une autre forme de disjonction entre la fonction sexuelle et reproductive a vu le jour suite à la maîtrise médicale des conditions de procréation et de reproduction. Le développement accéléré des sciences a favorisé les techniques biogénétiques et des méthodes artificielles de procréation ont favorisé la fécondation in vitro et le diagnostic préimplantatoire. Ces sciences et techniques offrent une solution aux couples souffrant d’infécondité ou d’infertilité. Ils peuvent concevoir des enfants tout en contrôlant la qualité, voire le sexe. Ces interventions sont coûteuses et ne sont pas sans dangers, ne fût-ce qu’en raison de l’hyperovulation qui est nécessaire à la réussite de la fécondation.
Au sein des sociétés avancées, la famille est largement informée de toutes les technologies reproductives : des possibilités de diagnostics avant conception, d’assistance médicale à la procréation, de fécondation in vitro, d’examen des embryons avant implantation, ainsi que des diverses techniques d’imagerie médicale durant la grossesse, comme des possibilités d’interruption ou encore des techniques de stérilisation.
La surveillance et l’accompagnement médicaux du cycle de reproduction de la conception à la naissance se sont accrus. Ils tendent à se généraliser. Le contrôle de la qualité du fœtus s’étend par delà les couples infertiles à ceux qui craignent des maladies incurables ou des malformations du bébé à naître. La médicalisation de la fécondation et de la grossesse permet la détection précoce des maladies ou des handicaps transmissibles à travers le patrimoine génétique des personnes. Ces examens sont courants dans les familles où l’on souffre de maladies ou de tares d’origine génétiques. De plus, de nos jours, l’imagerie médicale développée grâce aux ultrasons, l’amniocentèse et d’autres examens plus dangereux, permettent de repérer la conformation de l’enfant dès avant sa naissance. Les malformations ou les anomalies pouvant déboucher sur des maladies ou des situations lourdement handicapante pour l’enfant en gestation sont aujourd’hui repérables.
Ces pratiques se généralisent rapidement avec les conséquences que l’on imagine et ce, quels que soient les dangers qui résultent d’examens « invasifs » pratiqués avec le consentement des personnes  et grâce au financement publics d’ Etats préoccupés des coûts long terme de la santé…
Cette médicalisation de la procréation et de la reproduction joue sans doute un rôle positif dans la prévention d’accidents survenant dans le cours de la grossesse ou lors d’accouchement prématurés, mais elle est aussi la voie grande ouverte vers l’avortement ou l’interruption volontaire de grossesse.
En théorie, un diagnostic problématique n’induit pas une intervention de la part du médecin qui communique le résultat aux parents. Mais inévitablement, dans de tels cas, la  réflexion et la décision des parents sera ou non favorable à la poursuite de la grossesse.
Ainsi, la révolution reproductive, comme la révolution sexuelle, exposent les familles à une panoplie de problèmes vitaux et de choix éthiques alors même que les intelligences et consciences des personnes et des familles ne sont pas correctement éclairées et formées.
C’est récemment que les médecins et personnels médicaux se sont mis à réfléchir aux conséquences des décisions d’avortement prises par la mère ou les époux. En effet si l’avortement est sans danger physique pour la mère, il n’est pas sans répercussions morales et psychologiques. Il peut à terme créer un réel traumatisme pour la femme. D’autant mieux qu’il faut expliquer aux enfants déjà nés, pourquoi le petit frère ou la petite sœur n’apparaîtra pas à terme.
En fait, en cas de diagnostic problématique, les forces sociales jouent très souvent en faveur de l’interruption de la portée. En effet, il ne faut pas sous-estimer le regard réprobateur que la société porte fréquemment sur le couple qui, mis au courant des malformations, maladies ou anomalies du fœtus, décide d’aller jusqu’au bout et d’accepter l’enfant. A l’inverse, il y a ceux qui n’hésitent pas culpabiliser et à stigmatiser les parents qui, en connaissance de cause et après mûre réflexion, reconnaissant les implications prévisibles du handicap pour la vie de l’enfant à naître, comptabilisant les charges qui pèseront sur les frères et sœurs, se trouvent remplis d’angoisse, prient le « Père » d’éloigner d’eux cette coupe, et décident de ne pas garder l’enfant.
A la réflexion, sans en être conscients, la société avec l’appui du corps médical, des familles et de l’opinion publique est en train de fixer la limite entre ce qui sera ou non considéré comme une vie acceptable.
In fine, qu’on le veuille ou non, la double révolution sexuelle et reproductive change profondément la fécondité des couples, le moment auquel ils donnent une réponse à leur désir d’enfant. Cette maîtrise de la fécondité transforme profondément le déroulement et la longueur des diverses phases du cycle de vie précédant ou suivant la période de fécondité et d’éducation des enfants. Ces considérations à long terme ne sont pas sans répercussions sur les choix des familles.

3. Les impacts sur le déroulement de la vie personnelle et du cycle de la vie familiale
La médicalisation de la fonction reproductive sauve nombre de mères lors des accouchements. Elle assure la survie d’enfants nés prématurément et prévient la mort de nombre de bébés à la naissance. Elle favorise la fécondité d’un pourcentage important de femmes. Le relèvement des taux de survie des mères et des bébés à la naissance et la multiplication de femmes avec enfants permettent aux femmes de n’engendrer qu’un petit nombre d’enfants par rapport à leurs grands-mères tout en assurant la reproduction de la population. Ainsi, la période durant laquelle les femmes sont mobilisées par les maternités et l’éducation des enfants  est sensiblement réduite.
Les périodes de vie précédant ou suivant les temps de grossesse, de naissance et de soin aux jeunes enfants s’allongent. Ce qui permet la montée du nombre de femmes mariées au travail et de celles qui poursuivent une carrière professionnelle quasi-complète. Evidemment, bien d’autres explications du travail de femmes hors foyer sont possibles comme, par exemple, la nécessité de combiner deux salaires pour correspondre aux charges et coûts qu’impliquent l’éducation  et la formation des enfants et des jeunes jusqu’à la post-adolescence (18 à 25 ans), voire jusqu’au moment où les jeunes trouvent un emploi ou un logement.
Parallèlement à la médicalisation de la fonction reproductive, la médicalisation croissante de la vie a permis son allongement même si la longévité accrue des personnes et des générations a diverses causes. De multiples facteurs interviennent, comme par exemple, es progrès dans la qualité de l’alimentation, de meilleures conditions  d’hygiène, tant privée que publique.
Cette longévité couplée à l’encadrement médical des problèmes de la procréation et de la reproduction enclenche nombre d’effets majeurs dans la formulation des projets et dans la gestion du cycle de vie des familles. D’abord parce que cette longévité favorise la coexistence de quatre, voire cinq  générations. Même séparées et vivant à distance les unes des autres, l’entraide, les échanges de services et les aides financières sont possibles. Cette coexistence et cette interdépendance entre les générations de même souche vie se traduisent dans une autonomie plus grande vis-à-vis des cercles de la parenté plus larges : les oncles, tantes et cousins. Mais il ne faut pas rêver. On ne peut passer sous silence les problèmes intergénérationnels qui naissent des familles décomposées et recomposées.

7. MEDECINE REGENERATRICE ET PRISE EN CHARGE DE LA FIN DE VIE


Un des phénomènes les plus remarquables du 20ème et 21ème siècles se trouve dans l‘allongement de la vie. La longévité actuelle s’explique par la lutte victorieuse contre les infections, les bactéries, les microbes et les virus. Mais à terme, l’allongement de la vie débouche sur la multiplication des maladies chroniques. On n’échappe pas facilement aux misères qui accompagnent la vieillesse. A ce moment, le sens de l’entraide entre les générations est inversé : ce ne sont plus les jeunes enfants qu’il faut garder mais les vieux qu’il faut soigner.
Le développement de tout homme et de tout l’homme implique la protection et le respect de la vie tout au long de l’existence : dès le projet de procréation et de reproduction jusqu’à la mort.  Cette protection et ce respect de l’homme impliquent la prise en compte de ses problèmes, handicaps, maladies, souffrances et conditions de vie en société. Il ne suffit donc pas d’assurer la survie de l’homme, il faut veiller à améliorer sa vie et sa condition à travers son cycle vital. A quoi servirait d’allonger la durée de vie, s’il était impossible d’en assurer la qualité ?
Cette protection globale de la vie nécessite, en outre, la conservation et le développement d’un environnement sain et donc le développement d’une écologie physique, mais aussi d’une moralité et d’une solidarité globales. Ces impératifs s’imposent à toutes les générations présentes. Il faut, en outre, y intégrer l’intérêt du point de vue des générations futures. Cela suppose la préservation du patrimoine génétique humain, de la diversité naturelle, autant que de l’environnement. Les hommes et femmes d’aujourd’hui doivent vivre en considérant qu’il est de leur devoir de préserver l’espèce humaine et, dans le même temps, vivre comme s’ils empruntaient la terre aux générations de demain.
Quelques réflexions complémentaires s’imposent concernant cette autre révolution que constitue le développement de la médecine « régénérative » dont les bienfaits vont nous accompagner jusqu’à la mort. En moins d’un siècle, dans les pays les plus avancés, on a gagné près de 25 années de longévité.
Fin du 20ème et début de ce 21ème siècle, de nouvelles recherches ont permis la découverte et la multiplication des thérapies cellulaires, moléculaires et géniques. Leur essor est favorisé notamment par les nanotechnologies qui fournissent des véhicules ou transmetteurs. Ces thérapies et technologies permettent de lutter contre la sénescence, les dégénérescences, les maladies dégénératives caractéristiques du grand âge.
Ces thérapies vont devenir centrales dans l’accompagnement des populations vieillissantes et de plus en plus nombreuses. Ainsi, après avoir vaincu les maladies infectieuses, microbiennes et virales, la médecine se trouve attelée à la lutte contre la multiplication des maladies chroniques ou les accidents vasculaires et cardiaques lourdement handicapants.
Les maladies de la vieillesse affectent les aptitudes physiques, les fonctions biologiques mais aussi mentales. Le vieillissement peut être cérébral provoquant des troubles de mémoire et d’orientation. Ils peuvent être sensoriels dans les pertes de la vue ou de l’ouie. Le vieillissement peut aussi altérer le système digestif dans les cas d’obésité ou de diabète, par exemple. Il atteint le système musculaire et osseux dans les maladies ostéo-articulaires.
Le problème est donc d’assurer la longévité si possible sans développer d’incapacités. D’où l’idée d’une médecine préemptive. D’où la recherche de molécules humaines capables de revivifier certains tissus, comme les tissus cardiaques ou de régénérer des neurones. D’où la découverte de thérapies cellulaires, moléculaires et géniques. Mais ces thérapies supposent que l’on dispose de cellules pluri- ou totipotentes : les cellules souches : celles auxquelles la génétique et la biogénétique s’intéressent.
Il existe divers types de cellules souches : les cellules souches adultes, les cellules souches extraites du sang du cordon ombilical et les cellules souches embryonnaires. Seules les cellules souches adultes présentent l’avantage de pouvoir être cultivées puis réimplantées sans rejet. Il y a immuno-compatibilité. Une qualité que  les autres types n’assurent pas. De plus, la culture de cellules souches embryonnaires pose de graves problèmes éthiques même lorsqu’il s’agit d’embryons surnuméraires dont les parents ou géniteurs acceptent ont fait don.
Tels sont les enjeux de ce vingt-et-unième siècle. Tels sont les objectifs des recherches au cœur des sciences biologiques et biogénétiques. Telles sont les reconversions en préparation dans les centres et les entreprises médico-pharmaceutiques. Une nouvelle pharmacologie est en plein développement visant la fabrication des tissus, la multiplication de cellules et de molécules, la reproduction de gènes.
Mais la vie n’échappe pas à la mort : elle lui est consubstantielle.
Quoiqu’on fasse, on n’échappe pas aux maladies du grand âge. Malgré le développement des soins à domicile, on n’évite pas la multiplication des placements en homes pour personnes âgées et en institutions gériatriques. Dans les pays les plus avancés, plus de 70 % des personnes meurent à l’hôpital, pas seulement parce que les familles le veulent en raison de la surcharge de travail pesant sur les jeunes générations mais parce que les soins ou la gestion de la souffrance le nécessitent.
Il est donc urgent de développer les soins palliatifs, d’introduire l’hôpital à domicile, d’éviter l’acharnement thérapeutique, tout en assurant correctement la nutrition et l’hydratation, et enfin d’assurer au patient et à la famille un climat de suffisante sérénité à l’approche de la mort. L’accompagnement des mourants doit être développé. Leur souffrance doit être autant que possible atténuée.
Mais quoiqu’on fasse, il reste dans l’immédiat des cas d’extrême souffrance difficile à soulager avec les moyens disponibles aujourd’hui. Dans ces cas, certains justifient le recours à l’euthanasie, voire acceptent le suicide assisté. Ces solutions ouvrent la voie à abus et vont évidemment à l’encontre du respect de la vie et de la dignité de l’homme. Certains se demandent pourtant si la dignité de l’homme peut être réduite à sa vie ? Si de longues souffrances inhumaines en fin de vie sont humainement dignes notamment lorsque la médecine se déclare incapable de les atténuer ?

8. ESSAI DE CONCLUSION

Dans cette contribution, nous nous sommes limité aux problèmes de santé, aux mutations engendrées sur les plans médical et thérapeutique, aux questions éthiques qui en découlent. Etant donné la rapidité des révolutions en biologie, en biogénétique, dans le génie et les thérapies géniques, cellulaires et moléculaires, il est difficile de prévoir quels impacts elles auront sur la vie des personnes, des familles et des sociétés. Mais elles sont incontestablement en train de changer notre vie : pas seulement la façon de nous soigner, de concevoir notre corps, mais aussi nos habitudes alimentaires, nos styles de vie, notre manière de définir et de poursuivre notre équilibre personnel, nos conceptions du mariage et de la famille, notre façon de concevoir les bébés, d’élever et d’éduquer les enfants ; et finalement la marche à suivre en fin de vie, nous nous approchons de la mort.
Les familles sont donc placées en première ligne face aux multiples problèmes de la vie et de la mort, aux questions posées par la médicalisation de la vie et de la fin de vie. La réflexion sur ces  questions n’est pas sans incidences sur le contenu de nos croyances, sur nos façons de croire,  sur nos convictions; sur notre manière de penser la création, de voir l’évolution et de vivre notre religion ; sur le choix des valeurs et des normes à la base de notre vie et de nos sociétés.
Durant leur cycle de vie, les familles sont confrontées à des contextes complexes et évolutifs. De tous, les sociétés modernes requièrent performance et excellence, mobilité et adaptabilité. Ce qui exige des choix vitaux de la part des familles. Trop peu d’entre elles sont formées, informées et éclairées face aux décisions à prendre et se laissent le plus souvent guider par celui qui, dans la circonstance, se présente comme l’expert.
Face aux évolutions accélérées, les familles les familles peuvent se trouver séduites par le chant des sirènes et par ceux qui revendiquent de nouvelles formes d’autonomies, des droits nouveaux en prolongement des révolutions sexuelle, reproductive, génique et régénérative.
Comme chrétiens, nous avons tendance à penser que les droits de l’homme, tels qu’ils ont été définis dans les chartes européenne ou mondiales, constituent un ensemble clos. Dans les faits, ces chartes sont aujourd’hui bousculées. L’ère libertaire que nous traversons conduit à la revendication de nouveaux droits qui ne cadrent pas vraiment avec les définitions antérieures. Cette liste de droits s’élargit chaque jour. Il pourra s’agir du droit de la personne à s’autodéterminer, du droit à la transformation de son apparence corporelle et physique, du droit de la femme sur son corps, du droit à la poursuite d’une amélioration des capacités personnelles sur divers plans, du droit à se doper (tels les sportifs ou les militaires, par exemple), du droit à correspondre à ses désirs, du droit à provoquer et à poursuivre ses fantasmes, du droit au libre exercice de sa sexualité, du droit à la liberté reproductive, du droit à choisir la manière de se reproduire, du droit à choisir le sexe de ses enfants, du droit à se garantir contre les dangers que présente le patrimoine génétique des membres du couple, du droit à l’autonomie du patient arrivé en phase terminale et donc de son droit à mourir dans la dignité et donc à choisir les modalités de sa mort sa mort et le moment de survenance…
Cette énumération nous effraie. Incontestablement, ces revendications violent le droit à une naissance, à une vie et à une mort naturelles, le droit à naître, à vivre et à mourir selon les lois de la nature . Mais qu’est-ce que la nature ? Qu’est-ce qu’une naissance, une vie ou une mort naturelles ? Peut-on les concevoir sans accompagnement, secours médicaux ou pharmacologiques ?
Dans le même temps, dans nos sociétés on proclame le droit à la recherche et du chercheur.  De quel droit la société mettrait-elle des freins et des limites au développement de la connaissance, à la conquête de la vérité sur l’homme et sur la vie, à la recherche du perfectionnement de la nature mais aussi de l’homme ?
Face à ces problèmes individuels et collectifs, que peuvent faire les familles? Beaucoup. Encore faudrait-il qu’elles soient conscientes des enjeux et de l’importance d’un engagement collectif.
Avec Patrick de Laubier, paraphrasant les propos du Cardinal Ratzinger, aujourd’hui Pape, on peut se demander dans quelle mesure les droits de l’homme, tels que définis aujourd’hui ne devraient pas être complétés par une doctrine des devoirs de l’homme et des limites de l’homme ?

Jacques Delcourt
Professeur émérite à l'Université Catholique de Louvain
Rome 2006
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Published by pico - dans bioéthique
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4 octobre 2007 4 04 /10 /octobre /2007 14:47
I.  PRESENTATION DE LA THESE

1. La question
L’homme est-il perfectible ? Aujourd’hui, nombre d’experts et de scientifiques croient à sa perfectibilité sur base des progrès dans les sciences et techniques médicales et la pharmacologie, l’imagerie du corps et du cerveau, l’information et la computation, les nanotechnologies. C’est dans les domaines de la biologie, de la biogénétique et de la reproduction que les avancées apparaissent les plus connues. Mais en réalité, la médicalisation, la psychiatrisation et l’accompagnement psychologique s ‘étendent à toutes les étapes du cycle de vie, en parallèle avec la pathologisation de multiples problèmes individuels et collectifs. Ce double mouvement s’explique par l’accélération et la complexification des changements sociétaux, par les menaces multiples pesant sur l’avenir de l’homme et de l’environnement, ainsi que par la désorientation des personnes face à elles.

2. Bienfaits et limites de la médicalisation

Personne ne se plaint des progrès et de l’efficacité de la médecine dans la lutte contre la souffrance, la maladie, les blessures, les malformations ou les handicaps; dans le traitement de la dépression ou dans la prise en charge psychologique des maux et du mal-être de l’homme. Corps et esprit ne font qu’un. Ils agissent et réagissent ensemble. La médecine ne doit pas séparer l’un de l’autre. Il est bon de reconnaître le caractère psychosomatique des maux, comme est bonne la mise en œuvre de thérapies globales et d’une médecine holistique.
Tout le monde louera la médecine lorsqu’elle atténue la souffrance, lorsqu’elle  permet d’échapper à un cancer, de recouvrer la vue après une cataracte, de corriger une surdité ou de sortir d’une dépression ; ou lorsqu’elle porte remède aux conséquences d’un accident ou freine l’évolution de maladies handicapantes, telles le Parkinson ou l’Alzheimer ?
Mais la médicalisation est-elle toujours un bien? Doit-elle être au service de la qualité de la vie et du bien-être de l’homme ? Doit-elle développer les capacités de l’humain? Lorsqu’on passe de la remédiation des maux, à la compensation des faiblesses de l’humain, à l’intervention sur le profil génétique de l’homme, à l’amélioration de la qualité de vie, à la recherche de son confort ou de son équilibre psychologique à l’accroissement des performances, ne transgresse-t-on pas les limites du désirable? Faut-il chercher une solution médicale aux problèmes sociaux et sociétaux?
En d’autres mots, faut-il, par delà une médecine de la souffrance et du soin, se lancer dans le culte du corps, dans la transformation de l’apparence corporelle, dans la transcendance des qualités de l’homme, dans une lutte pied à pied la contre le vieillissement? L’objectif est-il de former un transhumain, de fabriquer un surhomme ? Autrefois, par un eugénisme négatif; aujourd’hui, par le canal de la biologie génétique et de la médecine reproductive ? L’homme à l’image de Dieu et fils de Dieu ne serait-il plus le couronnement de la création ?
Tel pourrait être l’objectif des sociétés « boostées » par la recherche médicale, pharmaceutique et chimique, biogénétique, computationnelle et informationnelle. Tel pourrait être le projet des entreprises et réseaux mondiaux d’entreprises actives en ces domaines.
Tel serait le désir de l’humain plongé dans une société libertaire, qui lui accorde le droit à l’autonomie et à la responsabilité personnelle mais qui, par ce biais, lui donne un droit absolu sur son corps, la maîtrise sur son développement, de sa destinée et de sa vie; le droit à la fertilité et à la reproduction ; à la différence et à la différenciation.
Dans cette perspective, la médicalisation peut envahir la totalité du cycle de vie

3. La crise anthropologique : une des sources de la médicalisation
Les sociétés occidentales, coupées d’une dimension transcendantale et donc de l’espoir de survie et d’éternité, connaissent une profonde crise anthropologique. Montée de la violence et des inégalités dans le  monde, violations des droits de l’homme, atteintes à la vie et dégâts à l’environnement sont autant d’indices de cette crise.
La première source s’en trouve dans l’individualisme des sociétés contemporaines. L'utilitarisme, l’hédonisme et l’égoïsme y règnent en maîtres et s’inscrivent dans le sillage de l’économisme, du consumérisme et du matérialisme.  Le bonheur, le plaisir, la satisfaction immédiate des désirs, la jouissance sont les objectifs primordiaux de l’humain. En économie, le progrès est fonction du profit, sans égard aux conséquences écologiques. Il procède du relèvement continu des contraintes de productivité et des performances attendues du travailleur. Dans une civilisation où tout se joue sur la performance, les humains sont instrumentalisés, réifiés, utilisés comme des « choses » ; la femme devient un objet pour l'homme et l’homme pour la femme ; les enfants, une gêne pour les parents ; la famille, une institution encombrante pour la liberté de ses membres. Les exigences du bien commun passent au second plan.
Parallèlement, ces sociétés avancées cultivent le positivisme et le scientisme. Le matérialisme méthodologique est la base de la démarche scientifique. Ce réductionnisme conduit à n’accepter que les vérités scientifiques. La transcendance de l’humain par le divin est niée. Le relativisme et l’agnosticisme en découlent. Les interrogations sur le sens de la vie et de la mort sont balayées.
    Cette crise anthropologique est accentuée par l’essor des sciences et les techniques de la vie, de la santé,  de l’équilibre et du confort de l’homme sur le plan corporel et mental. La crise découle du fait que les sciences et techniques médicales, paramédicales, chimiques et pharmaceutiques et les secteurs logistiques, ne visent pas seulement à corriger des faiblesses, malaises et les maladies humaines, mais se sont mises à le recherche d’une transformation des gènes, à l’amélioration de l’apparence corporelle de l’homme, à l’accroissement de ses performances, à la modification de sa psychologie, de son esprit, de sa conscience.
    Ci-après, nous tenterons de percevoir comment la médicalisation « boostée » par la convergence de ces sciences et techniques, constitue à la fois une cause et une conséquence de la crise anthropologique. Partant de ce projet de re-création de l’homme, il est devenu urgent d’analyser l’éthique d’une telle démarche. La mission de l’éthique est de définir les principes réglant les activités humaines en regard de la protection de la vie, du respect des personnes et de la conservation de la nature.

4. La médicalisation totale du cycle de la vie et ses implications éthiques
La nature humaine implique le respect de la vie et donc de la personne dès sa conception, le respect de son corps et de son esprit durant l’enfance, l’adolescence, l’âge adulte, la vieillesse et donc jusqu’à la mort.
Au cours des dernières décennies, la révolution dans la biologie et l’ingénierie génétique a centré les discussions éthiques sur les questions relatives aux interventions humaines et médicales dans les processus à l’origine de la vie, autour des problèmes de fertilité, de procréation et de reproduction assistée. En outre, les avancées scientifiques et techniques posent les problèmes du clonage ou de l’utilisation des cellules souches pluripotentes prélevées dans cordon ombilical ou l’embryon.
De même, d’énormes progrès ont été réalisés dans la lutte contre la souffrance, dans la prise en charge des maladies chroniques, physiques et mentales, survenant avec l’âge et dans l’accompagnement de la fin de vie. Les discussions s’enflamment autour des  soins palliatifs versus de l’euthanasie et le droit à mourir dans la dignité.
A ce jour, les débats éthiques stratégiques concernent avant tout les périodes aux marges de la vie. Mais elles ne peuvent détourner l’attention des actions et interventions médicales, chirurgicales, neurologiques, chimiques et pharmaceutiques développées en réponse aux problèmes de santé et de bien-être rencontrés dans le cours de la vie. Cette moindre attention portée à ces problèmes s’explique par les séquences thérapeutiques différentes intervenant en début et fin de vie et celles accompagnant le déroulement du cycle de vie. A la réflexion, durant la vie, nombre d’interventions concernant les performances du corps ou de l’esprit peuvent constituer une instrumentalisation de l’homme, voire une violation de la nature et des droits humains. En outre, toutes ces techniques médicales et médicamentations nouvelles servent d’abord les riches des pays économiquement les plus avancés, parfois au détriment du développement de la santé dans le reste du monde.

5. Les deux types de séquences thérapeutiques
Pour comprendre l’enjeu du débat à mener sur les problèmes surgissant durant les phases qui s’écoulent entre les deux périodes extrêmes de la vie : la conception, la naissance et la mort, il est nécessaire de distinguer deux types de thérapies : d’un côté,  les thérapies biogénétiques et géniques et, de l’autre, les thérapies somatiques. Cette distinction trace une ligne de partage dans les discussions éthiques en matière de santé.
Les évolutions dans les thérapies génétiques sont une conséquence du décryptage et de la transcription du génome humain : une découverte géniale qui confirme que nous sommes tous frères quelle que soit notre couleur de peau, même si on ne voit pas encore tout ce qu’n pourra tirer de ces avancées.  Ces thérapies interviennent dans les processus de fertilité et de reproduction par des manipulations visant à la correction, voire la modification du patrimoine génétique. L’objectif est de combattre l’infertilité, de repérer les anomalies du génome susceptibles de reproduire de génération en génération des maladies difficilement curables ou des dysfonctionnements que, plus tard, on ne pourra pas corriger. Par ailleurs, à travers diverses recherches sur les cellules pluripotentes, les thérapies géniques tentent de reproduire et de régénérer des tissus particuliers.
 Pour les chrétiens, nombre d’interventions sur le génome visent à une transformation de la nature humaine et vont à l’encontre du plan divin sur l’homme. Mais la discussion éthique ne s’arrête pas là. Elle s’élargit à l’utilisation des cellules « pluri » ou « totipotentes » acceptables lorsqu’elles sont prélevées dans le placenta, le cordon ombilical ou l’adulte mais le sont aussi sur les embryons surnuméraires issus de le reproduction in vitro.
Avec le Père dominicain Auguste Di Noia, alors sous-secrétaire de la Congrégation pour la Doctrine et la Foi et proche du Cardinal Ratzinger, on peut ppenser que ces diverses recherches et technologies concernant la fertilité et la reproduction conduisent à de nouvelles formes d’eugénisme. Le danger est d’autant plus réel que dans une économie mondiale de marché et de concurrence, toutes les nations n’ont pas nécessairement les mêmes réticences, ni les mêmes valeurs. Certains pays, notamment asiatiques, vont de l’avant, comme d’ailleurs nombre de laboratoires et d’entreprises transnationales ou d’universités, malgré les moratoires décrétés par la communauté internationale.  Ce qui favorise l’exode de chercheurs décidés à aller de l’avant. Ce qui ne peut constituer un argument à l’encontre des moratoires.
Face aux thérapies génétiques et géniques qui, à la limite, veulent remodeler l’homme en intervenant sur son patrimoine génétique, les thérapies somatiques, plus anciennes, n’ont pas pour but de créer un homme nouveau. Elles visent avant tout à assurer la santé corporelle et l’équilibre mental des êtres humains, à lutter contre la maladie et les conséquences fâcheuses d’un accident, à accompagner les personnes en phase terminale. Elles peuvent aussi tenter de compenser des déficiences humaines qu’elles soient mentales, physiques ou sensorielles et quelles qu’en soient les origines ou causes.
Aujourd’hui, ces thérapies somatiques sont à leur tour mises au service d’objectifs plus larges dans le cadre d’une médecine de confort, du bien-être et de la qualité de la vie des plus et moins âgés, alors même que les besoins de santé des moins bien lotis ne sont pas rencontrés, comme le dit Mgr. E. Sgrecia, Président de l’Académie Pontificale pour la Vie.
Par delà cette médecine de confort, nombre de recherches, de médicaments, d’interventions et de technologies visent au perfectionnement des capacités humaines : celles du corps et de l’esprit. Tout se passe comme si l’on considérait que l’homme tel qu’il est n’était pas l’aboutissement de l’évolution et ne serait donc pas le couronnement d’une l’évolution toujours en cours.
Ce sont ces développements thérapeutiques de confort ou de commodité, mais surtout de performance et de perfectionnement que nous allons analyser afin de voir dans quelle mesure les enjeux éthiques d’une médecine visant l’amélioration des performances sont vraiment différents des thérapies géniques.
L’utilisation des connaissances, techniques et outils nouveaux permet d’améliorer le sportif, de vivre plus longtemps en meilleure condition. Mais les acquis de la science ne sonnent-ils pas le glas des solutions éthiques conçues par la médecine de la santé ?

6. Les explications de la surmédicalisation de la vie
Au sens restreint, la médicalisation résulte de la croissance  de la compétence et de l’offre médicales. Selon Pierre Aïach, l’extension du domaine médical découle du développement des institutions de santé, (hôpitaux, cliniques, centres médicaux, centres de recherche médicale), du nombre des médecins, des infirmiers, pharmaciens, kinésithérapeutes et personnels paramédicaux actifs dans les secteurs de la prévention, l’examen et le diagnostic, le traitement clinique ou technologique du pathologique et du psychologique.
Mais la médecine s’attèle aussi au traitement des problèmes et des maux sociaux accompagnant la mutation des sociétés et la complexité croissante de la vie. Ainsi, médecins, psychiatres et psychologues sont appelés à traiter l’alcoolisme et les formes d’addiction, à contenir la violence, à éviter les sévices en famille, à lutter contre l’obésité, contre l’anorexie, le stress, le manque de sommeil ou, encore, contre les traumatismes psychologiques consécutifs à un accident. Nombre de professionnels sont  appelés à régler les problèmes scolaires des enfants en échec ou en difficulté relationnelle; à résoudre les questions de santé physique et mentale liées au boulot ou à la compétition, à dénouer les conflits familiaux ou les problèmes relatifs à la sexualité … Dans la résolution de ces problèmes, la médecine s’adjoint une panoplie de spécialistes chargés de soulager celui qui se sent mal dans sa peau, celui qui cherche les voies d’un mieux-être et d’un mieux-vivre.
Offre et demande médicales apparaissent comme le moyen de porter remède à des maux de toutes origines et toutes natures. Mais la montée de la médicalisation s’explique aussi par les changements dans les comportements, par la multiplication des angoisses et des peurs  résultant pour partie de l’action des médias, la télévision et les magazines qui, selon Pierre Aïach, fournissent de l’information médicale, discutent de l’hygiène et de la santé et diffusent les préceptes de « l’évangile hygiéniste ».

7. Par delà les problèmes individuels, la prise en charge des problèmes collectifs
De nos jours, la médicalisation s’étend bien au delà des exigences de la santé des personnes. Aujourd’hui, la médecine traite d’un ensemble de conséquences moins heureuses résultant des transformations de la sociétés sur les plan politique, économique, technologique, organisationnel, environnemental, culturel et social.
La médicalisation s’explique par les exigences croissantes des entreprises qui renforcent de manière continue l’émulation entre les personnes et qui attendent toujours plus de productivité et de performances des travailleurs. Elle découle aussi des problèmes liés aux dysfonctionnements des économies de marchés ouvertes sur l’extérieur. Ce qui accroît la concurrence entre entreprises et entre nations. Il en résulte une insécurité de l’emploi, une précarisation des statuts, une croissance du chômage, une montée des inégalités et de la pauvreté. Les cheminements professionnels, autrefois linéaires, évoluent en dents de scie. A tout moment, les travailleurs doivent être prêts à à passer par des séquences de reconversion, à s’adapter à l'alternance entre temps de travail et de formation, à démontrer leur adaptabilité et leur flexibilité dans des tâches et face à des horaires atypiques.
Cette instabilité dans le travail a des conséquences sur la cohésion et les trajectoires des familles et leurs projets de vie. Les exigences posées à chacun conduisent à une individualisation des projets. D’autant que les sociétés productivistes sont aussi consuméristes et hédonistes. Dans cette optique, elles aiguisent les aspirations et les désirs des personnes, jeunes et moins jeunes. Elles travaillent à la séduction et à la distinction en jouant sur les qualités, les modes, les styles de vie.
Dans de telles sociétés, les personnes et les familles se sentent facilement en situation de risque. Elles savent qu’elles peuvent rapidement être précarisées, marginalisées, en voie d’exclusion et de paupérisation. En réponse, les parents multiplient leurs attentes par rapport aux enfants qui, à leur tour, se trouvent sous obligation de réussir à l’école et dans la vie. 
     Les défis à relever par les familles, les enfants, petits et grands, les parents,  voire les grands parents sont innombrables.
Malmenées par la vie, il n'est pas rare que des personnes, jeunes et moins jeunes, se lancent dans des activités parallèles et déviantes, dans des formes de dissidence et s’adonnentt à la violence corporelle, psychique ou sexuelle ; se noient dans l’alcool ou s’évadent dans la drogue. Ce qui, à son tour, se traduit en demandes médicales de la part des personnes mais aussi des sociétés. De fait, dans les sociétés avancées, la médicalisation s’explique aussi par la volonté de surveillance et de contrôle des personnes, par la recherche de la normalisation et de la conformation des comportements, par l’instrumentalisation des personnes en fonction des objectifs qu’on leur assigne, par l’instauration de séquences de revalidation et de réhabilitation de manière à sauvegarder la sécurité et la productivité au sein de société dans lesquelles la performance est la règle.
Aujourd’hui, nombre de sciences et de techniques, d’actions et d’interventions médicales, neurologiques, chirurgicales, mécaniques, chimiques et pharmaceutiques ne sont plus uniquement utilisées en vue de résoudre des problèmes de santé définie comme un état d’équilibre obtenu ou à atteindre, ou encore comme un état dans lequel les faiblesses, les souffrances et les handicaps sont compensés en tout ou partie. De nos jours, nombre d’interventions visent, par delà le soin aux malades et l’accompagnement des personnes, la régulation des comportement en société, voire le développement d’un contrôle social.

8. Sciences et techniques à la recherche de la perfectibilité de l’humain
Un pas plus loin, des pratiques médicales et paramédicales, cherchent à accroître les performances de l’être humain en divers domaines dans et hors du travail et pas uniquement dans le cadre sportif. Dès ce jour, , un arsenal de médications, d’adjuvants des prothèses et des implants ne pallient seulement des handicaps mais aiguisent ou démultiplient les capacités humaines, portant le corps et l’intelligence à ses limites.
Par delà la santé et l’équilibre mental, nombre de sciences et de techniques médicales,  paramédicales et logistiques visent à l’amélioration des performances humaines dans le cours de la vie. Diverses sciences et techniques y contribuent : telles les nanosciences et les nanotechnologies (N), les sciences et techniques biologiques, la biogénétique, les biotechnologies,  la bionique qui combine homme  et machine  (B), les sciences et les techniques de l’information, de l’imagerie médicale et de la computation (I), ainsi que les neurosciences, les neurotechnologies et les sciences cognitives (C). NBIC constitue l’acronyme fétiche de la mutation en cours. Les sciences et techniques regroupées sous ce sigle manifestent la volonté des promoteurs d’organiser la coordination et la convergence au niveau des recherches et des interventions au service  de la qualité de la vie, du confort physique et mental mais aussi de l’amélioration des performances.
Cette poursuite du perfectionnement de l’humain nécessite une discussion éthique, d’autant plus nécessaire que l’on progresse dans les neurosciences, les neuro-technologies et les sciences cognitives : celles du cerveau, du mental et de l’esprit. Toutes celles-ci posent des problèmes en raison d’une possible manipulation ou transformation des états de conscience mais aussi sur le plan de l’expérimentation sur le cerveau d’un humain.
En ces divers domaines, la croyance en l’omnipotence de la science et de la technique est croissante même si, peu à peu, on en découvre des conséquences négatives, des effets pervers, des cercles vicieux par delà leur performance immédiate. 

9. L’émergence d’une médecine du confort, de l’apparence et de la performance 
 Les thérapies somatiques séparées des thérapies génétiques peuvent à leur tour être divisées avec, d’un côté, les interventions préventives et curatives sur le corps ou l’esprit  et, de l’autre côté, celles qui visent au confort et à la performance des personnes : à l’« enhancement », selon l’expression chère aux anglo-saxons.
A la suite de William Gasparini, on peut dire qu’à côté de la médecine du soin, se développe une médecine du confort et de la performance que ce soit sur le plan  physique, affectif, sensible et mental ; mais aussi une médecine de l’apparence et de l’esthétique corporelles en correspondance avec le développement de sociétés dans lesquelles le paraître devient plus important que l’être.
Aujourd’hui, une nouvelle médecine cherche à fournir une issue et des remèdes au stress, à l’angoisse et à la peur manifestes au cœur des sociétés les plus avancées. Ces sociétés complexes, concurrentielles et sélectives, sont en changement rapide. Elles sont à hauts risques en raison des conflits qui les traversent ou des problèmes économiques et sociaux qui les tétanisent, mais aussi suite aux conséquences des atteintes à l’environnement.
A notre avis, la généralisation de ces nouvelles thérapies du confort et de la performance soulève des problèmes éthiques comparables à ceux rencontrés dans les thérapies géniques : celles-ci ne visent pas seulement à contrecarrer une maladie héréditaire ou inscrite dans les gènes, mais à développer un nouveau projet eugénique ne retenant que des embryons sélectionnés ou les manipulant en vue de performances supérieures de l’être humain. A la réflexion, les objectifs et les conséquences du passage d’une médecine curative à une médecine du confort, de la performance, du cerveau et de la conscience par delà la médecine du corps, ne sont pas très différents des objectifs et conséquences découlant  du développement des thérapies génétiques.


II.  LA MULTIPLICATION DES CHAMPS D’INTERVENTION

1. L’ampleur des domaines d’intervention
Pour saisir les conséquences du passage d’une médecine du soin à une médecine du confort, de l’apparence et de la performance, il faut raisonner en termes d’offre et de demande et donc de marchés ; s’il le faut en les distinguant par catégories de personnes. En effet, on constate que les jeunes y sont les plus exposés. Ce sont des utilisateurs potentiels nombreux dans un monde privé de sens. Ils constituent une proie facile. Mais toutes les catégories sont visées : les aînés sont aussi des consommateurs réels ou potentiels des médicaments contre le vieillissement (antiaging drugs).

2. Le souci de l’apparence et le modelage du corps
Dans un monde où le narcissisme et l’individualisme se renforcent, dans une société où la publicité exalte l’apparence, la beauté ou la force corporelles, où les médias glorifient la performance physique et aiguisent la volupté des sens, on constate la multiplication des professionnels, des cliniques, des centres de recherche, des entreprises et des réseaux attelés à donner réponse aux demandes visant à corriger ou améliorer l’apparence physique et sexuelle.
Jusqu’il y a peu, le marquage, le tatouage, le piercing, la peinture du corps, la scarification, les mutilations corporelles étaient stigmatisés. De nos jours, malgré le danger de certaines interventions, l’importance accordée à l’apparence, à la stylisation et à l’eshétisation du corps est croissante en correspondance avec un projet de vie ou en réponse à une appartenances particulière.
Les causes de cet engouement sont multiples. Dans nombre de métiers et de professions en contact direct avec le public, il est tenu compte, dès l’embauche, de critères esthétiques, de beauté et de stature corporelle ; d’indices de comportement et de capacités de représentation. La starification trouve sa signification.
D’où l’essor des centres de soins de beauté, des médicaments cosmétiques, le développement de la chirurgie esthétique et plastique ou encore la demande de prothèses, d’implants de silicone ou de liposuccions. D’où une utilisation accrue de stéroïdes et d’anabolisants pour augmenter ou mieux utiliser la masse musculaire. De même façon, les pratiques et les activités d’entretien du corps sont favorisées par l’effloraison des centres de fitness, de massage ou de sport.  Enfin, des régimes alimentaires peu  caloriques, une panoplie de produits biologiques et diététiques, tels les oligo-éléments, nutriments et alicaments permettent le contrôle du poids et de la ligne. 

3. A la recherche de performances humaines supérieures
Aujourd’hui, des armée de spécialistes, appuyées par des centres de recherches, des entreprises transnationales et des réseaux commerciaux planétaires, sont attelés à l’amélioration de diverses performance et de l’endurance.  Dans un monde soumis à l’émulation et à la concurrence, il faut pouvoir transcender ses faiblesses, passer diverses épreuves, se soumettre à des tests, affronter le regard d’autrui. Beaucoup se mettent alors à la recherche d’un accroissement artificiel de la performance du corps, de l’intelligence ou de la mémoire. Cela vaut dès le niveau scolaire où l’on lutte contre l’hyperactivité, l’hyperkinétisme de certains enfants; où l’on veut favoriser l’attention, la concentration, le travail intellectuel par la ritaline ; où l’on avive l’intelligence par le glutamate. Ailleurs l’anxiété et la dépression seront combattues par des anxiolytiques. Pour maintenir l’équilibre vital de l’homme, on contrôlera son humeur. A l’inverse, en cas de surstimulation, on va le calmer, le dé-stresser par des « camisoles » ou de composants chimiques. Pour favoriser son sommeil, on utilisera des « endormisseurs » et des somnifères.  Pour autant, tous les hommes et  toutes les femmes ne sont  pas sous médicaments mais tous peuvent être tentés.
De longue date, l’homme a  recouru à des stimulants, tels la caféine, la théine, l’alcool, le chocolat. Aujourd’hui un éventail de stimulants sont conçus au service d’une multiplicité d’activités et de secteurs. Des drogues et stimulants sont développés en continu à destination  des sportifs mais aussi des personnes actives dans une diversité de secteurs requérant soit de l’endurance, soit de l’inventivité, de la créativité scientifique, technique, littéraire, picturale, symbolique ou psychique.

4. La quête du bonheur : ses ingrédients chimiques 
De nos jours, des professionnels, des centres, des entreprises et des réseaux se soucient du bien-et du mieux-être de ceux qui cherchent à faire face ou à échapper aux réalités du monde. Des coachs, des conseillers, des gourous, des psychologues et des psychiatres aident leurs clients ou patients dans la quête du mieux-faire, -vivre ou -être. Dans cette quête, ils sont
confortés par la mise au point et la production de psychotropes, d’euphorisants ou d’hallucinogènes. En quête de plaisir, d’une sensibilité, d’une sensualité ou d’une sexualité accrues, les gens disposent de drogues récréatives et festives, telles l’ecstasy ou le viagra.
Les lieux de réception de l’humain étant connus par la biologie chimique, des messagers, des marqueurs, des transmetteurs et des nanotransmetteurs permettent d’atteindre leur cible.

5. Les perspectives ouvertes par les neurosciences et les sciences cognitives
Corps et esprit ne forment qu’un, même si les progrès en médecine, chirurgie ou pharmacologie ont surtout concerné le corps. Aujourd’hui, les études sur le cerveau, l’intelligence, la sensibilité, le langage, la mémoire et donc l’esprit et la conscience, sont en plein essor. Les neurosciences et neurotechnologies, la neurochimie  et les sciences cognitives vont permettre de soigner les maladies et accidents du cerveau en expansion suite à l’allongement de la vie et du vieillissement de la population ; mais aussi de perfectionner le fonctionnement du cerveau et d’aiguiser les aptitudes intellectuelles. Déjà, on imagine le cerveau assisté électroniquement, voire jumelé à de puissants ordinateurs.
La révolution biogénétique a caractérisé la fin du 20ième siècle. Le 21ième siècle sera celui des sciences et techniques du cerveau et du système nerveux ; celui des neuro-sciences, -chimie, -chirurgie et –technologies, ainsi que des sciences cognitives .
En biogénétique dans le cadre du « genome project », on est parvenu à une cartographie complète des gènes des vivants et de l’homme; dans le cadre des neurosciences, le « cognome project» et le « brainome project » sont à l’ordre du jour. L’objectif est d’établir une description et une cartographie séquentielle de l’ensemble des connexions du cerveau exposé à divers stimuli. Tel serait la voie ouverte à la révolution neuro-scientifique, -technologique et –chirurgicale.
    Suite à la révolution biologique et biogénétique, les Etats ont cherché à baliser et à contrôler les recherches et les applications par des lois, voire des conventions internationales. Des comités d’éthique ont été créés. Sans doute parce que ces sciences et techniques paraissaient capables de transformer la nature humaine et, à terme, de fabriquer « a genrich category », des transhumains à gènes enrichis… Tous les Etats ne sont cependant pas sur la même longueur d’onde. Dans le monde asiatique, par exemple, on n’a pas les mêmes convictions, ni les mêmes valeurs quant à la vie, la nature humaine et l’au-delà.
Mais dès le début de ce siècle, ce seront sans doute les professionnels de la neurobiologie et des sciences cognitives qui, avec l’appui des spécialistes de la neuro-pharmacie, de la neuro-chimie, des neuro-technologies, des nano-sciences et des systèmes d’information et de computation, se lanceront dans le perfectionnement de l’homme. Ils le font déjà en corrigeant les sens, tels la vue, l’ouie ou l’odorat. Mais leur objectif final est d’influencer et de  parfaire les fonctions du cerveau et de découvrir les corrélats neuronaux de la conscience.
Grâce à l’imagerie cérébrale, les experts médicaux peuvent scanner le cerveau et l’observer au cours de diverses activités. Le scanner, la tomographie, la résonance magnétique fournissent aux scientifiques et aux médecins des capacités de diagnostic et d’intervention « in situ », des possibilités d’implanter des cellules rénovatrices, des puces électroniques ou des électrodes dans les systèmes neuraux et neuronaux. Ils disposent, en outre, d’une large pharmacopée pour atténuer la douleur, porter remède à diverses maladies mental, pour assurer le contrôle des émotions, améliorer l’humeur ou la mémoire, susciter l’imagination et accroître les performances intellectuelles. Aujourd’hui, les moyens de diagnostic et d’intervention permettent d’améliorer les capacités des bien-portants : d’accroître les capacités d’attention, l’acuité de perception, la rapidité des réflexes ; de contrôler l’humeur (par les « mood controllers ») ou de l’exalter (par les « mood brigtheners ») ; de modifier des traits de  personnalité et, par exemple, de contrôler l’agressivité et la violence des personnes, et ainsi de lutter contre les comportements compulsifs dangereux. Ces moyens permettent de combattre la dépression, de procéder au lavage du cerveau (brainwashing), voire de contrôler le cerveau (mind control). Grâce à des implants cérébraux, on peut contrôler des prisonniers dangereux et des criminels. Tout ceci n’est pas sans importantes implications éthiques. Pourtant, ces révolutions dans les neurosciences n’ont pas reçu la même attention, ni suscité autant de discussions, ni autant de surveillance et de contrôle que la révolution biogénétique. On se trouve pourtant au seuil de la manipulation de la conscience.
    Par ailleurs, si en biologie génétique, on travaille sur des embryons, des ovules ou du sperme prélevés sur animaux, les neurosciences ne peuvent progresser qu’à travers des expérimentations sur l’humain, car les animaux ne subissent pas toutes les maladies neuro-dégénératives de l’homme. De plus, s’ils en ont, elles n’apparaissent que tard dans la vie de l’animal : cela ralentit l’expérimentation. Dans les neurosciences et sciences du cerveau, on  travaille avec des personnes volontaires. De telles expérimentations supposent une information correcte et le consentement écrit et signé du patient, voire une surveillance et un contrôle par des experts ou des comités indépendants. La protection des cobayes doit être garantie : ni la sécurité, ni la dignité des personnes peuvent être mises en péril. Les catégories les plus faibles et donc les plus exposées à des abus doivent être protégées, tels les enfants, les prisonniers, les toxicomanes, les infirmes mentaux, les handicapés. Ces groupes défavorisés sont aisément manipulables et donc peu ou pas capables d’imposer le respect de leur personnalité et de leurs droits. In en est de même des populations dites captive : tels  les prisonniers ou encore les militaires qui sont susceptibles d’expérimentations, parfois à leur insu.
   
6. La bionique au service des fonctions et des performances humaines
De longue date, l’homme cherche à marier sa puissance à celle de la machine et d’accroître ses performances par des prothèses. La bionique marie l’homme et la machine.
Au départ, elle se développe au service des armées et des entreprises. Des capteurs sont utilisés dans la surveillance de certains travaux ou encore pour éviter des accidents de travail. La robotisation permet de se mouvoir et d’agir dans des milieux où l’homme ne peut intervenir directement ; dans des conditions extrêmes et des manœuvres dangereuses : là où il y a risque d’accident et où les conditions d’hygiène et de santé sont mauvaises. La robotisation permet d’accroître la productivité tout en préservant l’intégrité corporelle.
Mais la bionique a bien d’autres applications. L’homme peut être assisté par des ordinateurs et des implants dans un large éventail de fonctions et d’actions. Grâce à des prothèses intelligentes, les paralysés peuvent se lever et marcher. Grâce à des appareils et des implants cochléaires, les sourds peuvent entendre ; de sons aigus ou bas deviennent audibles. Des caméras spéciales et des transmetteurs miniaturisés, rendent une forme de vue à l’aveugle. La vision de voyants peut être affinée en vue de percevoir les rayons ultraviolets ou infrarouges : une capacité appréciée des armées. De même, des appareils permettent d’affiner l’odorat et d’aiguiser la reconnaissance des odeurs et parfums.
 Grâce aux connexions entre un cerveau humain et un ordinateur, des puces électroniques, des stimulateurs attachés ou incorporés et des prothèses intelligentes, il est possible de corriger toutes sortes d’incapacités motrices, de contourner les effets de maladies paralysantes ou incapacitantes, l’invalidité d’une hanche, d’un genou ou d’une cheville … 
A l’appui des performances accrues de l’homme, il y a la fabrication de puces intelligentes et de composants miniaturisés disposant de capacités d’enregistrement et de mémorisation ; il y a également la réduction des appareils, des capteurs, des stimulateurs ou des régulateurs, tels les pacemakers, et les transmetteurs. Cela permet de les implanter dans le corps, voire dans le cerveau et d’en accroître les performance.
Dans un proche avenir, les possibilités de rehaussement des performances humaines résulteront de la mise en oeuvre des nanotechnologies, des nano-marqueurs, des nano-bio-processeurs, transmetteurs ou activateurs, ainsi que de nano-médicaments : constitués de cellules ou de molécules qui circulent, simulent ou stimulent, réparent ou remplacent des systèmes intervenant dans le maintien et le déroulement de la vie mais qui vont aussi aider à développer des fonctions et des capacités humaines nouvelles et, notamment, les fonctions cognitives, intellectuelles et logiques du cerveau..


III. ESSAI DE CONCLUSION

1. Les implications éthiques des nouvelles fonctions médicales
Les sociétés modernes fondées sur la concurrence et le progrès, la créativité et la performance, croient en une transformation possible de la nature et de l’homme. Sciences et techniques sont attelées au perfectionnement de l’homme, par le choix de l’enfant à naître, par le travail sur les performances de l’adultes, par le contrôle des humeurs et des états de conscience, par un allongement de la vie. 
Aujourd’hui, les limites et les dangers d’un tel projet apparaissent nettement qu’il s’agisse de la transformation de la nature ou de l’homme. En cherchant à transcender ses limites et à  améliorer ses performances, on l’instrumentalise. Cela pose de nouvelles questions éthiques  aux périodes extrêmes de la vie, dès la conception et à la fin de la vie, mais aussi durant tout le cycle de vie. Ces questions découlent également de la médicalisation des problèmes sociaux et sociétaux, ainsi que de l’encadrement et du contrôle psycho-médical et mental de certaines populations. La réification, voire une domestication de l’humain ne sont pas un leurre.
L’importance des questions soulevées par le contrôle mental et social n’a pas échappé à la Commission européenne. En mai 2005, elle a signé un contrat par lequel elle s’engage à soutenir le projet de consultation publique européenne sur les sciences du cerveau. Celle-ci a débuté par une convention des citoyens européens qui a eu lieu du 3 au 5 juin 2005.

2. Les dangers de l’individualisme et de la dérive libertaire
Selon les uns, les évolutions des sciences et des  techniques identifiées sous l’acronyme NBIC ( Nano,  Bio, Info et Cogno-sciences) interfèrent dans le plan de Dieu sur sa créature. Par delà l’instrumentation de l’homme et la médicalisation de la vie, elles conduisent à sa réification, son instrumentalisation, sa domestication , voire sa bestialisation.
Selon d’autres, l’homme est par essence perfectible. Son perfectionnement est inscrit dans l’évolution. L’homme et l’humanité sont dans un processus permanent d’évolution créatrice. Un homme nouveau est possible. En ce domaine, si les conclusions de la science  contredisent ce que dit la religion depuis deux mille ans, celle-ci doit s’adapter… Pour les croyants adeptes de ce second courant, la poursuite du perfectionnement de l’homme, de la fructification de la nature et du contrôle de l’environnement s’inscrivent dans la co-création. De tout temps, l’homme a voulu transcender sa nature, développer ses compétences et ses capacités jusqu’à la limite de son corps ou de son esprit. La culture, de même que les processus de socialisation, d’inculcation et d’éducation visent à ce dépassement de performances humaines et à la levée des obstacles de la nature. Telle est pour partie la destinée de l’homme.
Mais est-il sûr que ce que  les sciences et techniques peuvent, Dieu le veut ? Science et technique ne doivent-elles pas être tenues dans les limites d’une philosophie de la nature, d’une conception métaphysique de la nature humaine et d’une théologie morale ? Faut-il risquer d’entrer dans l’irréversible ?  peut-on se lancer dans l’imprévisible à court et à long terme ? Face aux évolutions en cours et au réductionnisme scientiste, ces questions apparaissent lancinantes. Même si nous n’en avons pas encore les capacités, jusqu’où pouvons nous aller dans la transformation de l’homme ? Jusqu’où reculer les limites tracées par la nature et l’environnement ?
A ce jour et de manière générale, les Eglises se montrent plus intéressées par les problèmes éthiques aux marges extrêmes de la vie qu’aux phases du cycle de vie. La plupart sont contre toute intervention sur les gènes et les embryons, même si tous les chercheurs ne se sentent pas concernés par les interdits ou les moratoires, notamment dans le continent asiatique.
Par contre, au sujet de la transformation de l’homme dans le cours de la vie, les positions sont moins claires. Le moment est venu de se demander jusqu’où la médecine, la pharmacologie, la psychopharmacologie, la chirurgie esthétique ou la bionique peuvent aller dans la recherche du perfectionnement de l’homme.
Parallèlement, il importe de déterminer jusqu’où s’étend l’autonomie et donc le droit de chacun sur son corps, son cerveau, son esprit ou sa vie. La vision libertaire qui traverse les sociétés avancées paraît donner à chaque personne un droit absolu sur la gestion et l’utilisation de son corps ou de son esprit.
Enfin, sur le plan collectif, il faut décider jusqu’où les Etats et pouvoirs publics peuvent laisser faire libre cours à une instrumentalisation de l’homme.

3. Par delà la prudence, l’importance du principe de précaution
En ces domaines concernant la transformation de l’homme, le principe de précaution s’impose par delà le principe de prudence, même si l’on écarte toute éthique ayant une référence transcendantale
 La prudence tient compte des risques prévisibles accompagnant un traitement ou une intervention sur l’être humain et donc des effets collatéraux non désirés ou non-voulus à court ou à long terme. Agir avec prudence implique qu’une intervention  engrange plus de bien que de mal  à court ou, au moins, à long terme. Cette prudence s’applique à toute action de l’homme sur l’homme, sur la vie, la nature ou l’environnement. C’est ce que fait la médecine.
Mais les conséquences d’une action peuvent être imprévisibles parce qu ‘elles n’apparaissent qu’à long terme, comme dans le cancer du fumeur ou du travailleur exposé à l’amiante. Un devoir de précaution s’ajoute alors au devoir de prudence. Dans l’exposition aux effets d’un champs magnétique d’une certaine intensité découlant de l’utilisation des téléphones portables la précaution s’impose parce que les conséquences perverses ne pourront être reconnues qu’à long terme. Elle ne sont pas enregistrées au cours des expérimentations.
Ainsi donc, le principe de précaution impose de ne pas faire une intervention dont les effets à court ou long terme ne sont pas connus, ni prévisibles mais vraisemblables. Ce principe est très discuté parce que paralysant, d’autant mieux que les conséquences imprévues peuvent résulter d’une combinaison de causes ou d’actions.
Dans la réalité, les personnes, institutions et sociétés humaines sont en permanence confrontées à ces problèmes de prudence et de précaution dès lors qu’elles prennent des décisions. Ces principes sont applicables dans les thérapies génétiques ou somatiques.
La recours à une solution médicale dans un nombre croissant de problèmes de la vie de l’homme en société découle du rejet d’une éthique de la précaution par delà  la prudence.
Il en est ainsi dans les interventions relatives aux problèmes de fertilité et de reproduction humaines, ou encore dans la réponse aux problèmes en phase terminale de la vie. En ces deux domaines, les enjeux éthiques apparaissent clairement et les chrétiens estiment généralement qu’il n’y a pas à interférer dans le plan divin sur l’homme. Au cours des autres moments du cycle de vie, la limite entre le recommandable, le permis et l’interdit est moins bien tracée, peut-être parce que l’interférence avec le plan divin apparaît moins nettement.

4. La nécessité de fixer des limites
Les évolutions dans les sciences médicales et paramédicales provoquent un glissement vers une médecine de l’apparence, du confort, de la qualité de vie et de la performance . N’est-il pas urgent d’examiner les nouvelles pratiques et leurs conséquences possibles lorsqu’elles visent au remodelage du corps et de son apparence, au rehaussement de ses performances, y compris intellectuelles ; à l’accroissement de la qualité de vie ou du bonheur, à la mise sous contrôle des émotions et des angoisses et, par delà, à la manipulation des consciences?  Ces questions devraient interpeller les citoyens, les professionnels et les institutions, de même que les comités d’éthique mis en place durant les dernières décades.
Logiquement, les problèmes relatifs aux divers moments du cycle de la vie humaine devraient être soumis aux mêmes impératifs éthiques que ceux qui se posent aux marges de la vie, à savoir : le respect absolu de la vie et de la dignité humaines. Ces impératifs s’imposent particulièrement dans les interventions sur le système neuronal et le cerveau qui peuvent modifier les  émotions, la cognition, la mémoire et la raison et qui touchent donc directement la conscience humaine, voire la vie spirituelle. Ces prudences et précautions s’imposent d’autant mieux qu’une tendance à la privatisation parcourt aujourd’hui les secteurs qui, de loin ou de près, touchent à la vie, à la santé, au travail sur le corps et l’esprit.
La médicalisation et la privatisation sont également renforcées par l’internationalisation des groupes d’entreprises en charge de la recherche, de la production, de la commercialisation en ces domaines vitaux pour la vie et la santé de l’homme.
Il s’impose de tracer des limites parce que les évolutions en cours servent indubitablement à la promotion de la sécurité et de l’équilibre des personnes, à la pacification des relations entre elles mais aussi à la manipulation de l’homme, à l’atténuation ou à l’exacerbation de ses états de conscience.
Le vrai respect de la dignité de l’homme tout au long de la vie impose de lui assurer des conditions décentes sur le plan sanitaire et médical, comme sur les plans économique, social et culturel. Durant sa vie, l’homme doit pouvoir obtenir la reconnaissance de ses droits, à la fois en tant qu’être humain et comme fils de Dieu, particulièrement lorsqu’il souffre dans son corps en raison d’une malformation, d’un handicap, d’un accident, d’une blessure ou d’une mutilation, d’une douleur ou d’une maladie, mais aussi lorsque son esprit est mis à mal quelle qu’en soit la cause. Le Christ s’est montré sensible à toutes les souffrances de l’homme que ce soit dans son corps ou son esprit. Dieu souffre avec sa créature souffrante. Mais sous quelles conditions peut-on aller plus loin ? Tout dépend où l’on trace la limite entre le pathologique et le normal et donc entre ce qui sera permis ou interdit.

5. Entre le normal et le pathologique : une frontière  difficile à tracer
C’est par construction ou par convention sociale que l’on fixe la frontière entre le normal et le pathologique. Il est donc normal que son tracé évolue en fonction de l’expérience, des offres et demandes de soin, à travers un dialogue entre  humains et selon une logique procédurale.
Mais de nos jours, on médicalise des situations non forcément pathologiques. Les exigences de travail, de qualification, de consommation et de vie déplacent en permanence la ligne de partage entre les aptes et les inaptes, entre ceux qui réussissent et ceux qui échouent. Cela fait glisser la frontière, comme d’ailleurs les progrès des sciences et des techniques médicales et paramédicales. Ce qui est normal aujourd’hui peut être appelé pathologique demain. Par ailleurs, des traitements utilisés pour lutter contre le mal ou la souffrance peuvent servir à l’amélioration d’une fonction d’un bien portant. Pourquoi y renoncer ?
Pour autant, faut-il continûment chercher à transcender nos limites ? Faut-il, parce que science et  technique le peuvent, chercher à rendre l’homme plus attirant, brillant, rapide ou intelligent ? Faut-il par delà le traitement des troubles psychologiques et neurologiques, tenter d’améliorer les fonctions cognitives ou l’humeur de personnes qui ne sont pas malades ? Spontanément, on penserait que non.
Toutefois, comme le souligne le rapport de la Fondation Roi Baudouin, si demain grâce à l’imagerie médicale, on peut détecter des traits de caractère ou des tendances comportementales, éventuellement susceptibles d’être traités, d’aucuns pourraient être tentés d’opérer une discrimination à l’encontre de ceux qui en sont porteurs. En effet, suite au développement des sciences et des techniques neurologiques et cognitives, on débouche sur de nouvelles méthodes d’évaluation des capacités humaines. De nos jours, il est possible d’établir des « neuro-profils » utilisables dans le choix du personnel, des managers, ou du partenaire au mariage… et, en justice, dans la détection du mensonge ou du coupable… En ce monde, ce qui est utilisable et rentable a des chances d’être mis en pratique par des entreprises, des écoles ou des institutions à caractère sélectif.
Il est donc urgent de redéfinir, par delà le normal et le pathologique, ce qui est acceptable et inacceptable, car avec l’expansion des neurosciences, le substrat de l’esprit et de l’âme, sont considérés comme un enchevêtrement de neurones et de synapses et l’on est tenté d’expliquer l’homme séparément de sa conscience, de son libre-arbitre, de son âme ou de sa spiritualité.

6. Les dangers de l’impérialisme médical
La médicalisation découlant du progrès des sciences et des techniques médicales et pharmaceutiques peut servir de multiples fins, comme le contrôle politique et militaire de tout ou partie de la population d’une nation.
 Incontrôlées, les sciences et techniques de la vie, du cerveau et de l’esprit risquent de déboucher sur des expérimentations, particulièrement sur les catégories les plus faibles et notamment sur les populations les plus défavorisées de la planète. L’expérimentation sur l’homme exige donc une information correcte et un consentement éclairé. En ce qui concerne les populations ou minorités, il est impératif organiser leur protection.
Si la liberté de recherche doit être assurée, il faut, dans le même temps, être certain que les recherches et les traitements respectent les droits de l’homme, sa liberté et sa dignité. Ce respect s’impose particulièrement dans les neurosciences et des sciences cognitives, parce qu’elles entrent en interférence avec ce qui fait la noblesse de l’homme : sa capacité à raisonner, à juger et à créer, à éprouver des émotions, à agir en conscience.
S’il est difficile d’accepter des expérimentations et des médications altérant la conscience humaine, cela ne signifie pas qu’on ne puisse chercher à connaître quelles parties du cerveau sont ordonnées au contrôle des états mentaux et émotionnels de manière à corriger les symptômes des maladies mentales ou du cerveau.

7. Un danger : le renforcement des inégalités de condition et d’accès aux soins
La médicalisation se développe en réponse à des problèmes ou des projets personnels, à des problèmes sociaux et sociétaux, ainsi qu’en réponse aux demandes de sécurité des personnes et des biens, ou encore de contrôle des formes de déviance, de délinquance ou de dissidence. Cela pose la question de l’accès libre ou obligé des personnes aux diverses offres médicales, psychologiques et paramédicales, car il faut parfois forcer les êtres à se soigner.
Parallèlement, se pose la question de la disponibilité et de l’accessibilité des soins. Médecine et pharmacopée, professions et institutions de santé, sciences et techniques ont pour devoir d’aider l’humain à assumer ses périodes de faiblesse temporaires ou durables. 
Mais aujourd’hui, l’accès aux soins ne dépend pas seulement de leur coût mais aussi de l’accès à des brevets. Cette question est devenue centrale. L’accaparement et de la monopolisation des innovations et des brevets au service et au profit de la propriété privée, matérielle et immatérielle sont devenus des enjeux stratégiques,  alors que les acquis des sciences et techniques médicales, pharmaceutiques et de leurs secteurs logistiques pourraient soulager une infinité de souffrances.

 8. Une évidence : la mise en danger des systèmes d’assurance sociale de la santé
Dans les sociétés les plus médicalisées, une médecine du confort et de la performance se développe par delà le soin aux malades. Ce qui creuse les inégalités dans l’accès aux services médicaux et pharmaceutiques, car la capacité financière des personnes et des familles diffèrent, comme le niveau de richesse et de développement des pays. Or l’accès différencié aux
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18 septembre 2007 2 18 /09 /septembre /2007 06:18
Distinguished Bishops, Ladies and Gentlemen,

it is a distinct honor and privilege to speak to you about the PGD procedure in Germany and the related issue of unprotected human pro-nuclei.

1. Basics
“Preimplantation genetic diagnosis (PGD) is the diagnostic procedure for an embryo in vitro prior to intra-uterine transfer with regard to changes of genetic substance that would otherwise lead to severe malformation.”  The goal is avoidance of pregnancies with undesirable embryos.

This picture shows an egg-cell with the first polar body which develops during maturation and also a sperm. After penetration of the ovum by the sperm, a second polar body develops and two pro-nuclei become visible. The first and second polar bodies are located below the zona pellucida. The egg-cell is now in the 2 pro-nuclei-stage (pro-nuclei).

One day after the union of ovum and sperm the maternal and paternal genetic materials are fused together. The new genetic individual is created. From this moment onward the embryo is called “zygote”. This early stage is known as blastomere. It is represented here by separate cells.

The pro-nucleus or the embryo has to be available in a test-tube. Both, In-vitro-fertilization (IVF) and Intracytoplasmatic-sperm-injection (ICSI) are artificial, reproductive processes.

Two kinds of biopsies are widely used:
a)    By means of the polar body biopsy the first and second polar bodies are removed. This procedure is limited by its exclusive reliance on maternal genetic material. German reproductive medicine favors this method as it does not stand in conflict with the existing German Embryo Protection Law (GEPL).
b)    Blastomere biopsy is employed when the embryo has anywhere from 4 to 10 cells; of that total 1 or 2 cells are removed. Blastomere cells are ‘totipotent’, i.e. each cell is capable of developing into a complete individual.

2. PGD in Germany and international data base
In 1995, Professor Klaus Diedrich was first to request permission for carrying out a blastomere biopsy, having submitted a proposal on behalf of so called “high risk couples” to the Ethics Commission at the Medical University of Lubeck. In this case both parents carried a gene mutation called ‘cystic fybrosis’. The request was denied on statutory grounds. Since May 2001 the Bonn University Clinic offers the polar body diagnostic procedure for women of advanced age who have long desired a child. To improve the rate of success this program scrutinizes the pro-nucleus stage for chromosome abnormatilities (‘Aneuploidy –Screening’). The first child was born in February 2002.

A PGD data base of the European Society of Human Reproduction and Embryology (ESHRE) for the period of 1994-2001, that draws on reports of 25 collection points in Europe and the United States has documented 2,074 cycles of treatment, which were undertaken by 1,561 couples. The record shows 309 pregnancies that led to 215 births yielding a total of 279 children. The distribution was as follows: 156 single children, 54 twins (25%) and 5 triplets. A total of 27,786 egg-cells were taken, which amounts to 13.4 per cycle. The “Baby-take-home-Rate” of 10.37% (215/2074) has exerted a strong appeal to parents.

In addition to the groupings “High-risk Couples” and “Aneuploidy-Screening”, two further categories need mentioning: “Family Balancing”, a selection technique that eliminates embryos of the undesired gender. “Designer Babies” are children selected from among 80 to 100 embryos and designated to serve after delivery as immunologically suitable providers of healthy cell material for siblings who suffer from disease.

3. Hurdles for mother and child
It is a long way from the PGD treatment cycle to actual birth.
First off, a sufficient number of egg-cells must be initiated and aspirated. Secondly, there is the hurdle of successful fertilization and the actual locating of the desired embryos. ESHRE recommends ICSI for all PGD cycles to avoid contamination. A study undertaken in Western Australia has documented that the risk of severe birth defects is twice as high among babies born after ICSI or IVF than among those subject to natural conception. One half of all embryos do not survive biopsy and diagnostic procedure. Only 4,598 out of 11,329 embryos were declared ready for transfer. However, only 3,657 were actually transferred. Analysis of the spare embryos which were not transferred showed that in 8% the original result could not be confirmed.

If several desired embryos are available, a quick decision is required to determine which of them is to be selected for uterine transfer and what shall be done with the remaining embryos. Those intended for later transfer can be subjected to deep-freezing (cryopreserved) .It is estimated that some 500,000 embryos are in deep-freeze storage in the United States. In Germany, by contrast, embryos may only be placed in frozen storage when an emergency arises. For 2001, the German IVF-Register listed 74,000 frozen pro-nuclei. Deep-freeze raises a host of ethical and legal problems, such as the right of disposal after the death or separation of the parents. Germany also imposed a limit of three embryo transfers per cycle.

Pregnancies resulting from artificial fertilization are generally considered risky and are therefore subject to elaborate prenatal diagnostic procedures. Invasive prenatal diagnoses carry a risk of abortive results (between 0.5% and 1%). ESHRE data document six cases of faulty diagnostics in a total of 309 PGD engendered pregnancies. Four of those six led to abortions. In addition there is evidence of nine fetocides that were carried out to reduce pregnancies with multiple individuals. “A fetocide does constitute a previously unacknowledged risk to the remaining children.”  Such a fetocide could well contribute to the Post-Abortion-Syndrome (PAS).

The final hurdle is birth itself. In Germany, termination of pregnancy is legally permitted until the very moment of birth. Time will tell whether PGD-Parents will have to cope with new symptoms, esp. when faulty diagnoses and lack of clear information led to decisions that look deplorable in retrospect.

4. Christian social doctrine
Pope John Paul II. declares in ‘Evangelium Vitae’ that [both] the capacity of human judgement and the societal apperception of the enormous transgression of premeditated killing is progressively weakening. “The willful decision to deprive an innocent human being of his life is morally speaking always disgraceful and can never be justified.” With regard to the right to life “each innocent human creature [is] equal to all others. Such equality forms the basis of every true social relationship”.  The decision that parents make in favor of PGD may well be based on good intentions and may have benign consequences, namely the birth of a child. However, any killing is “radically incompatible with the love of God and the dignity of man, who was created in the divine image”.  The German philosopher Juergen Habermas sees PGD as violating “the conditions of reciprocity governing communicative understanding” and adds, “while ignoring the premise of consensus, parents have made decisions solely in accordance with their own preferences, as though they were ruling over a thing”.

The instruction ‘Donum Vitae’ (1987) considers IVF a violation of the rights of the child to have its specific origin in the union of the marital act. Instead, the child becomes the “product of an intervention through medical techniques” and is relegated to the status of an object.  It is not only the threshold of the PGD procedure that stands against the symmetry of relations but each and every IVF treatment as well, because the very beginning of  human existence is subjugated to the will of the parents and the skills of reproductive medicine.

In contrast to PGD, pre-natal diagnostic procedures are morally acceptable, “if they represent no disproportionate danger for child and mother, and aim at early therapy or enhance a well-tempered acceptance of the unborn”. If such diagnostic is, however, pursued on eugenic grounds in order to selectively abort the impaired unborn, then the motives are “malicious and highly reprehensible “. 

At the time of publication of ‘Donum Vitae’ (1987) polar body diagnosis was not yet feasible. The document states, “Each human being must be respected as a person from the very beginning of its existence”. In a footnote this explanation is added: “The biological identity of a new human individual has already been constituted in the zygote that has come forth out of fertilization”.  This important teaching of the Church should be amended in order to forestall the impression that pro-nuclei are free to be used in PGD procedures or selection and deep-freeze conservation.
 
5. Political challenges
Legislatures must grasp that PGD will either be comprehensively adopted or not at all. Advocates of PGD – including the majority of members of the National Council on Bioethics - have asserted that PGD is justifiable “in analogy to the medical indication for the termination of pregnancy according to Pre-Natal Diagnostic”. As the argument fashioned above has shown, PGD and Pre-Natal Diagnostic differ profoundly in regard to context and bodily strain.

The last 15 years have seen the emergence of a trend that makes the obligation to have a healthy child. Pre-Natal Diagnostic had appeared to be a step toward further choices, but has been turned into a new burden of responsibility for women.   The German Council of Handicapped Persons ( Deutscher Behindertenrat ) has echoed the warning of the Conference of Bishops against PGD. The Council sees PGD as “the continuation of a logic that has already been expressed in the discriminating criteria of indications which sanction abortions.”

6. In conclusion
It is a matter of urgency for the legislative branch to enact a statutory barrier against PGD in the form of Polar Body Biopsy. The work of Professor Gunter Rager of Fribourg –Switzerland has proposed to classify the fertilized egg-cell as an individual in the biological sense; paired with the research of Professor Magdalena Zernicka-Goetz of Cambridge –UK, it would thus be possible to place pro-nuclei – just like embryos – under the protective umbrella of the constitutionally enumerated human dignity.

With the penetration of the egg-cell by the sperm the process is set into motion. The Church should take steps to amend ‘Donum Vitae’ and Christian Social Doctrine should become committed to the protection of human pro nuclei and embryos.

Thank you for your attention


Dr. Mareike Klekamp
Rome septembre 2006
MKlekamp@aol.com
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17 septembre 2007 1 17 /09 /septembre /2007 07:36
L’Église Orthodoxe prend bien des mésures pour la protection de la vie dans le monde contemporain. Parmi ces mésures on peut nommer plusieurs conférences, publications (par exemple celles de père S. Charakas en Grèce, de pères J. Breck et T. Engelgard en EUA, de I. Siluyanova en Russie), les documents sur la bioéthique de toutes les églises orthodoxes (en EOR ce sont «Les bases de la conception sociale de l’Eglise orthodoxe russe», août 2000), les courses spéciales dans les écoles différentes, ecclesiastiques comme séculaires, plusieurs organisations civilisatrices, consultatives et celles de bienfaisance sur les niveaux différents – des patriarchats jusqu’au niveau des diocèses où se manifestent les efforts personnels des croyants. Par exemple on peut appeler la commission sur la bioéthique sous l’Assemblée interparlamentaire de l’Orthodoxie, le Conseil de l’Église et de la société sur l’ethique biomédicale à Moscou. Pour moi surtout est proche l’exemple de l’organisation sociale volontaire l’Association Ouverte Ukrainienne des organisations, groupes et personnes travaillantes avec les enfants qui souffrent des maladies oncologiques. Cette Association à travers sa page de Internet s’occupe de l’accueil de l’argent pour l’aide, de la recherche des donneurs de sang, donne l’information dans les médias etc.
Voici deux citations characterique de «Les bases de la conception sociale de l’Eglise orthodoxe russe»:
«Le développement rapide des technologies biomédicales envahissant la vie de l’homme moderne de la naissance à la mort, ainsi que l’impossibilité de fournir une réponse aux problèmes moraux soulevés dans le cadre de l’éthique médicale traditionnelle, posent à la société une sérieuse interrogation. Les tentatives de l’homme de se mettre à la place de Dieu, en modifiant et en «améliorant» la création de son propre arbitraire, peuvent apporter à l’humanité de nouvelles peines et de nouvelles souffrances. Le développement des technologies biomédicales, dont l’emploi incontrôlé dépasse sensiblement l’interprétation des possibles conséquences morales, spirituelles et sociales, ne peut pas ne pas susciter la profonde préoccupation pastorale de l’Eglise. En formulant son attitude face aux problèmes bioéthiques largement discutés dans notre monde et en premier lieu à ceux qui ont une action directe sur l’homme, l’Eglise s’appuie sur la Révélation divine qui présente la vie comme don incomparable de Dieu, sur le concept de liberté imprescriptible et de dignité de la personne humaine à l’image de Dieu, appelée, «en vue du prix que Dieu nous destine à recevoir là-haut dans le Christ Jésus» (Phil 3, 14), à la perfection du Père Céleste (Mt 5, 48) et à la divinisation, c’est à dire à communier à la nature divine (2 P 1, 4).»
«Les succès dans le décryptage du code génétique créent les conditions d’essais génétiques généralisés dans le but de dégager l’information sur le caractère unique de chaque personne, et ses prédispositions à certaines maladies. L’établissement d’un «passeport génétique», à condition d’utiliser raisonnablement les résultats obtenus, pourrait permettre de corriger le développement de maladies plausibles pour telle personne concrète. Nous sommes cependant en présence d’un réel danger d’abus, où les renseignements génétiques pourraient servir au développement de différentes formes de discrimination. Par ailleurs, la possession d’informations sur la prédisposition héréditaire à certaines graves maladies peut s’avérer une charge psychologique trop importante. C’est pourquoi, l’identification et les tests génétiques ne peuvent être effectués que sur la base du respect de la liberté des personnes.»

– En même temps les défis des technologies nouvelles ont la part positive qui stimule la collaboration créative des églises chrétiennes différentes, comme le dit l’Archevêque d’Athènes et toute la Grèce, Monseigneur Christodoulos: «En ce qui concerne les relations de l’Église de Grèce avec les autres Églises Orthodoxes et les Comités Internationales, il va sans dire, qu’il y a un contact avec le Patriarcat Oeucoumenique, l’Archevêché des Etat Unis, le Patriarcat de Moscou, le Patriarcat de Roumanie, le Patriarcat de Serbie, même avec les groupes individuels des spécialistes aux Etats-Unis, le Royaume Uni, la France, la Chypre, etc. Il faut encore ajouter, que certains membres de notre Commission ont été invités, a plusieurs reprises, par l’Académie Pontificale pour la Vie, pour soumettre le témoignage Orthodoxe. Ainsi le Vatican, a par ailleurs demandé, plusieurs fois, la participation du représentant de notre Commission aux conférences dans le même contexte, pour un échange de vues, au niveau social. Une étroite collaboration entre les Commissions de deux Églises a été développé, sur des dilemmes et le préoccupations qui se propagent suite aux débats et aux décisions réglementaires du Parlement européen dans ce contexte. Enfin, notre Commission se trouve en collaboration avec l’ Église Anglicane, le Conseil des Églises Européennes.»

– Pour resumer brevement la position de l'Eglise Orthodoxe consernant les problemes aigus et discutables de la protection de la vie, les défis de technologies contemporaines – avortement, euthanasie, contraception, clonage, transplantement (therapie fœtal),  ingénierie génétique, nanotechnogies, – c'est dans la plupart des cas la position extremement negative, qui n'accepte pas aucuns compromis. Dans l'Eglise Orthodoxe Russe cette position est partagé par la plupart des prêtre,  tandis que les media Orthodox plus liberals et les dirigeants de l'Eglise cherchent de trouver une position plus flexible consernant les problemes de plannement de la famille et utilisation des technologies modernes. Mais generalement l'attitude de l'Église Orthodoxe la plus repandue consernant ces problemes peut être definie comme sévère. Selon l’apparence on peut dire que l'attitude de l'Eglise Orthodoxe à ces problemes est en generale plus sévère que celle de l'Eglise Catholique Romaine et des églises protestantes.

– Pour parler des causes de cette sévérité, c’est d’abord l’attitude irréconciliable à tout péché, qui est traditionnelle pour les églises orientales, le refus de diviser les péchés graves et legers, le refus de ceder à l’«esprit du temps», de baisser l’idéal haut de la saintété donné par l’Evangile et incarné dans la vie des grands Saints. Pourtant comme une raison complémentaire on peut attirer l’attention sur l’extrême sensibilité de la valeur de la famille, surtout pour les pays de l’Europe Orientale, qui ont subit l’oppression du régime communiste. Dans ce sens sonnent très actuellement les paroles écrites il y a 10 ans par le grand savant et citoyen Sergueï Avérintsev dans l’article «LE MARIAGE ET LA FAMILLE: UN REGARD CHRÉTIEN À CONTRE-TEMPS»:
«Saint Paul dit de la femme qu’elle sera sauvée par sa maternité, à condition qu’elle persévère dans la “dans la foi, l’amour et la sainteté”, et cette fin de phrase est pour les deux époux (1 Tim. 2, 15). Notons que dans l’original grec (tout comme dans d’autres langues anciennes - l’hébreu et le latin) le mot, que nous traduisons comme “foi” signifie aussi fidélité”, de même que dans certains usages du slavon liturgique. Ce ne sont là ni deux homonymes, ni deux  traductions alternatives. Non pas du tout; pour la Bible - autant pour l’Ancien que pour le Nouveau Testament - la foi, c’est justement la fidélité, et le croyant, c’est celui qui est fidèle. Nous reviendrons encore à ce sujet exceptionnellement important quand nous aurons fini de réfléchir sur la phrase de saint Paul. (…) Une mère qui nourrit son enfant en le “plaignant”  (une charmante expression du langage populaire russe) de quoi donc est-elle l’indigne, mais authentique, image? Sans aucun doute, celle de la très pure Maternité de la Vierge Marie; nous oserons chercher encore plus haut. Le vocable vétérotestamentaire qui désigne la “miséricorde de Dieu” est formé de la racine qui désigne le “flanc maternel”; le slavon liturgique a gardé la mémoire de ce lien sémantique dans une expression (à peine intelligible aujourd’hui) qui peut se traduire comme “tendresse des entrailles de Dieu”. (...)Les maîtres en théologie morale professaient, traditionnellement, que la volonté de mettre des enfants au monde était  une condition nécessaire à la justification et à la sanctifi¬cation de la vie conjugale. Ceci est, effectivement, une condition indispensable, mais elle n’est pas suffisante car saint Paul continue ainsi :  “...s’ils restent dans l’amour et la foi...”. (...)  Le plus corporel est, en même temps, un signe de l’invisible spirituel et de sa réalité : telle est la définition du sacrement  chrétien. Il en est ainsi de l’eau baptismale qui nous lave : elle est à la fois signe et réalité de notre invisible purification spirituelle. Il en est ainsi de l’Eucharistie : nous la consommons corporellement, et elle est pour nous le signe du Royaume et sa manifestation réelle. Saint Paul parle du mariage comme d’un sacrement, comme d’un “mystère d’une grande portée” (Eph 5, 32), et c’est ce qu’on peut dire de plus élevé - d’une élévation vertigineuse - sur le mariage puisque, selon l’apôtre, ce “mystère concerne le Christ et l’Église”. Le sens de ces paroles n’est pas toujours intelli¬gible pour nos contemporains : à son point culminant, le mariage est, lui aussi, le signe et la réalité des rapports entre le Christ et l’Église : “Maris, aimez vos femmes comme le Christ a aimé l’Église : Il s’est livré pour elle” (Eph 5, 25).» (La traduction du russe en français a été assurée par Nathalie Sakharova.)

Professeur Konstantin Sigov
Université Mohyla (Kiev)

litera@ukma.kiev.ua
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17 septembre 2007 1 17 /09 /septembre /2007 06:33
The Church of England (C of E) has and does consistently and officially oppose euthanasia in all its forms (as does the Anglican Communion as a whole, agreed at the Lambeth Conference of Anglican Bishops in 1998).
This opposition has been both stated and acted.
•    It has been stated through publications (including jointly with the Roman Catholic Bishops of England & Wales), resolutions of General Synod, official evidence to the Parliamentary Select Committees considering the matter (and participation thereon by a senior Bishop), speeches by the Archbishop of Canterbury and others, and contributions to debates  as well as votes by the 26 Bishops who sit in the House of Lords.
•    It has been positively active through the work of the Anglican chaplains in each hospital and health authority of England, through encouragement for the development of the speciality of palliative care, and above all through the late Dame Cecily Saunders (a practicing member of the C of E) who founded the hospice movement, which has been the major source of developments in pain control and care for the dying and the creation of the specialty of palliative care.
The C of E rests its opposition on the dignity of the human person, and the common good. It has successfully involved other faith groups (notably Jewish and Muslim) in this campaign.
None the less, in England as elsewhere in Europe the public mood is in favour of euthanasia, spurred on by the support of leading and influential journalists, and often (but not always) inspired by fear and ignorance. In 2004 Lord Joffe introduced an assisted suicide Bill in the House of Lords (on a private basis) which was narrowly defeated earlier this year. It is certain that there will be further attempts.
Philosophically the church has also been seeking to reclaim the Kantian concept of responsibility from the postmodernist aberration of absolute autonomy which is the very often the philosophical basis for the support of euthanasia.

1.    Social background
The C of E has a unique position within English society when speaking on issues of moral significance. This derives in part from its established status. The Monarch is, since the Reformation, the Supreme Governor of the C of E; in her name Bishops (and many Deans as well as almost 10% of parish clergy)are nominated for election by the Prime Minister (which cannot be refused by the Cathedral Canons (electors) under pain of imprisonment in the Tower of London), and the 26 senior Bishops sit in the House of Lords. All hospitals, prisons, units of the armed services and police forces have a C of E chaplain, and senior members of the Church are routinely invited to represent the “Christian” position on Parliamentary Commissions etc.
On the subject of euthanasia the C of E has, unusually, been clear and determined in its opposition, seeking to influence the direction of debate (although it rightly cannot, of course, impose its views).
The general position of public opinion has been in majority in favour of euthanasia (whether assisted suicide or voluntary, but not involuntary). Opinion has been greatly influenced by leading public figures, especially in the media. Support is strongest amongst intellectuals and those who are used to having control of their lives.
In 2004 Lord Joffe, a Liberal Democrat (centre left) peer, introduced a private member’s bill in the House of Lords to permit assisted suicide. A widespread campaign against this, in which the churches played a leading role, resulted in its defeat. C of E Bishops were consistent in voting against it in the House of Lords.
The reality is that despite the advances in palliative care, and the hospice movement (see below), the cultural tide is against the Christian view, and it is certain that more legislation will appear, with a high risk of success. The cultural tide is driven by a number of influences.
First, fear of pain and suffering, loss of independence and indignity. This fear is despite the clear research demonstrating that with proper palliative care such indignity and pain is avoidable (1-4% pain, 1-2% nausea, 0-6% confusion etc ). Secondly, popular culture demonstrated above all in TV and film presentations, including the most popular “soaps”. Thirdly, leadership of articulate and well respected figures in the media above all, whose writing and arguments chime with the human desire to be in charge of one’s own destiny. Fourthly, philosophical ideas as applied to medical ethics and practise (see below).
Swimming against this tide is the more or less united opinion of the three Abrahamic religions, with a common voice expressed by the two established churches (C of E and the presbyterian Church of Scotland), and the Catholic Bishops.
 
2.    Philosophical Approach 
The key philosophical influence on issues of patient care in the English National Health Service (NHS) is the official doctrine of the autonomy of the patient. The move to the patient as part of the care team, or patient centred care, has been a significant change in doctrine in the last 10 years. It is in many ways beneficial. The patient becomes a dignified human being with whom treatment decisions are shared, and no only longer someone to whom things are done. Good doctors and the hospice movement have always followed this idea.
Taken to its logical conclusion, though, it makes the (by definition, unwell) patient the dominating factor, to whom everyone is responsible, but without reciprocal responsibilities to relatives and the clinical team. The wishes of the patient may also be hard to discern, even in the case of a living will (a directive as to future care given in advance by a patient who expects to become incapable of expressing their choices, Liverpool pathway 72). In popular terms, those in favour of euthanasia say “it is my life, and I will choose when and how to end it, requiring the services of the State if necessary”, or as Frank Sinatra almost sang, “I’ll do it my way”.
The hospice movement is careful to maintain the benefits of patient centred care and patient autonomy. However, starting with a commitment to the dignity of the human person, hospices seek to treat the whole patient, dealing with symptoms, but also with distress and spiritual needs. Communication with relatives and the patient is a high value, with training for staff in listening skills and in how to ensure that information is heard properly. Both in the Liverpool pathway and hospice practise, the role of spiritual advisers and carers is built into the system but only with the consent of the patient.
Much attention is given to pain and symptom control, and the ethics of treatment or its withdrawal. The Doctrine of Double Effect (DDE) is the accepted ethical approach to giving pain relief that may hasten death. This says that the intention is critical; if it is to relieve symptoms, this is not euthanasia. Research shows that the DDE is relevant in less than 5% of cases, and that proper use of opioids almost always deals with the question without needing the defence of the DDE. In other words the accepted C of E (and English legal) position is that properly administered pain relief with beneficial intent (i.e. not to kill) in medically accepted doses, is not murder.
It is interesting that the pro euthanasia groups seek to dismiss the DDE and blur the distinction between administering opioids intending to cause death, and to some extent speeding death by administration with the intent of relieving pain.

3.    Action & Words 
a.    The Hospice Movement 
The hospice movement began with Dame Cecily Saunders. A practising Christian of the C of E, she began professional life as a nurse. The experience of nursing a terminally ill Polish patient led to her retraining as a doctor and developing (as a pioneer) the speciality of palliative care. Frustrated by the incapacity of hospitals to deal well with the dying, she founded a hospice, and there are now more than 100 in the UK, including hospices without residential facilities offering care in the home. The C of E has always been closely involved in this area, and most parish priests have direct links to a hospice. There is also almost always a chaplain from the C of E (in England). As time has gone by the speciality of palliative care and pain control has developed, with many hospitals having consultant specialists. The NHS now helps some hospices, but the vast majority rely mainly or entirely on charitable donations.
b.    Palliative Care (and the Liverpool Care Pathway)
The Liverpool pathway is a good example of the development of palliative care. Clinical pathways are a common feature of care in many areas, for example with heart attack. The Liverpool pathway has been featured on the BBC, and seeks to ensure that there is consistent and effective care of the terminally ill patient in the last period of their illness.
c.    Statements and Voting 
The C of E has opposed euthanasia in three main ways. First, considered work and articles by Archbishop Rowan Williams  and the relevant commissions of the C of E, and his speech to the House of Lords in May 2006 . Secondly reports to and debates of the General Synod . Thirdly, consistent voting and speeches in the House of Lords.
d.    The Importance of Ecumenical and Interfaith Positions 
Finally, with the Cardinal Archbishop of Westminster, there has been significant effort to ensure that there is a common and often interfaith position on the issue. Archbishop Rowan has been very instrumental in this, with the Christian churches especially, but also, above all through the very remarkable Chief Rabbi with whom he has a close personal friendship.

CONCLUSION
Can the line be held? It is possible. At present the balance of opinion is in favour of euthanasia, but not inescapably so. A powerful combination of clear argument, strong positions and the provision of active alternatives remains the best strategy, and the most faithful course of action.

Revd Canon Justin WELBY
justin.welby@coventrycathedral.org.uk
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17 septembre 2007 1 17 /09 /septembre /2007 06:22
Introduction

There is no disguising the fact that the title of my presentation at this conference does not closely resemble the other titles.  Oddly enough, however, after 15 years’ of working in the pro-life movement, my first thought upon receiving Dr. Spieker’s invitation here, was to speak on assisted reproductive technologies.  This is because there are important relationships, for purposes of Catholic Social Teaching, between the values inherent in legally sanctioned abortion and in unregulated assisted reproductive technologies (ARTs) practices.  To put this another way,  I wish to confound the notion that the distinction between these practices – one involving the desire to end life, the other a fervent desire to create it – renders the latter less threatening to basic human, family and social values.  In fact, because of the primal human desire for children,  and  because of the lower level of repugnance associated with ART processes relative to abortion, the possibility exists that the market for ARTs will simply continue to expand, unchecked,  and that more and more ART methods increasingly alien to traditional moral values will become commonplace.  
In some ways, it might be said that the values encouraged by many ARTs mirror those inherent in legalized abortion. A willingness to destroy human life in the name of “freedom,” is the most obvious shared value, and one discussed amply earlier during this conference. There are, however, several other shared values. After proposing these, my presentation will characterize -- as briefly as I can, considering the size of the topic --   current ARTs practices,  highlighting only what I believe  necessary to apply a reasonably complete Catholic Social Teaching analysis about ARTs’ effects upon the foundations of society, marriage and the family. Third, I will specify those aspects of Catholic Social Teaching, especially concerning marriage and the family, engaged by ARTs and the laws governing them.  Fourth and last, I will attempt a realistic assessment of how Catholic Social Teaching applicable to ARTs might be put forward in the current legal and cultural environment. This will include an analysis of how how ARTs fit within the scheme of current public laws and norms concerning parent-child relations;  it appears that there are some secular developments might bode well for a greater receptivity towards Catholic Social Teaching in this area, but of course the hurdles remain great. 

I. Turning first then, to those values shared by proponents of abortion and proponents of ARTs. One, is that both practices assume that adult interests should prevail over children’s, that the strong may legitimately dominate the weak.  “Choice,” not fidelity, not responsibility, is the essence of the adult-child relationship. Adults are not, in the words of Familiaris Consortio (14) “chosen” for the “gift of responsibility.”  ARTs, in a sense, complete what abortion began. Adults choose, even assuming the power of death over children. With ARTs, they have the  additional power to give life, and even to shape its genetic makeup.
Two, both abortion and ARTs propose that when it comes to evaluating the morality of an action, good personal intentions easily trump the bad physical structure and consequences of the action.  Abortion first cut through the thicket of natural objections to this notion: it is killing for some claimed good intention.  After legal abortion, it is only too easy for many to accept that merely experimenting upon human embryos, or accidentally, unavoidably harming embryos, let alone separating procreation from an act of human love, were small prices to pay if driven by the intention to create a wanted child.
Three, proponents of abortion and of ARTs strenuously maintain that both practices are essentially private. Abortion proponents manage this trick fairly successfully, at least in legal arenas, even though the practice in question is killing. They do so on the basis of the privacy traditionally accorded parents’ reproductive decisions and to doctor’s medical judgments.  ART practitioners have been even more successful shielding their practices from effective public scrutiny and regulation, mostly by asserting that their medical nature places them outside the competence of lawmakers.  Further, because ARTs are better known for making babies than for destroying or compromising their human participants,  the traditional privacy given to parent’s reproductive decisions is asserted here as well.
Beyond the common values proposed by abortion and ARTs,  ARTs present additional threats, especially to the first cell of society, the family. The second matter I now take up, therefore, is a general summary of current ARTs practices insofar as these might engage Catholic Social Teaching. 

II. Beginning with the participants in ARTs, in addition to the medical personnel involved, ARTs involve a variety of adults. These include the individual or couple intending to legally parent a child, possibly one or more gamete donors, and sometimes a surrogate mother, who may provide only a womb, or both her egg and her womb together.   While there are a variety of methods for bringing about the fertilization of the egg by the sperm,  the most common include In Vitro Fertilization (combining gametes obtained separately from a man and a woman,  in a test tube outside the parents’ bodies),  or Intra Uterine Insemination of sperm into a woman.  A surrogate mother may be involved in either of these processes.
 In addition to married persons, today, a single person -- heterosexual or homosexual --  can also seek ARTs in many countries. So may unmarried heterosexual or homosexual partners.   Individuals and couples may use their own gametes or embryos, receive these from friends or family members, or purchase those of strangers.  Sales are made over the Internet or by visiting a sperm or egg “bank” or a fertility specialist.  Donors relinquish all legal rights and disclaim all legal responsibilities to their genetic children, by signing an agreement provided by the bank or clinic.
The process of obtaining semen from men --  who are often allowed to “donate” an unlimited number of samples – regularly involves masturbation in the presence of pornography. For egg donors, the process is longer and often painful, involving a regular series of hormone shots producing hyperovulation (the release of many eggs in one month), mood swings, and other risks.  Studies show that egg donors are usually younger and worse off financially, than egg recipients. Surrogate mothers have the same profile.  A Harvard University economist recently reported that in 30% of U.S. cases, surrogates are of a different race than the mothers intending to rear the children carried.   British investigative reporting has turned up a flourishing international egg trade; the eggs of the young and poor in the Ukraine and in Cyprus are being sold to women in wealthier western nations. Generally, prices are assigned gametes on the basis of their progenitors’ degree of good looks, education, accomplishments, height, and health. 
Financially, donors receive the smallest share of the very large profits generated by the ARTs industry. Clinics, banks and their doctors receive the largest.  In the U.S. alone, ARTs are a multi-billion dollar industry. 
New developments in ARTs processes create further moral dilemmas.  Egg freezing, for example, is increasingly being mentioned as an alternative for young women wishing to preserve their young eggs – not just in the face of a disease – but on the chance that they might want to embark on a relatively long career before reproducing. 
The freezing of embryos “leftover” from IVF procedures is common; there are 400,000 frozen embryos in the U.S. alone.  Freezing and thawing processes may damage or kill the embryo. Some embryos are donated for destructive research, while others will be thawed intentionally and left to die, or preserved indefinitely.
Another increasingly common ART technique is pre-implantation genetic diagnosis. While developed initially to screen out embryos with sex-linked disorders, it is  now frequently used by fertile couples wishing to choose their children’s sex.  As science makes more and more discoveries linking genes with the diseases they express, pre-implantation genetic diagnosis will increase doctors’ abilities to identify and to select out for destruction, those embryos evidencing various genetic disorders.  The insertion of “foreign” (e.g. belonging to neither parent) genes into embryos in order to correct defects has also begun. 
Thirty five to fifty percent of ART pregnancies produce multiple children. But multiples have more complicated deliveries and more long-term health problems. Because of this, fertility specialists regularly counsel mothers of multiples toward a “selective reduction,” procedure – essentially abortion.  Doctors will destroy one or more unborn children on the basis of their size, location in the womb, or disability, in order to improve the prognosis for the remaining child or children.   It is increasingly reported that not only multiple ART pregnancies, but also “singletons,” result in  a higher than average rate of genetic disorders in children.
One might go on much longer about this constantly changing field, but for our purposes, enough has been said. It need only be added that, annually, tens of thousands of children will be brought to birth via ARTs..  Nearly 50,000 are born annually in the U.S. alone.  According to a leading economist of the ARTs industry, the market in the U.S is poised to expand. There is nothing effectively checking it.

III. Third, I now turn to those aspects of Catholic Social Teaching, especially concerning marriage and the family, engaged by ARTs.   I have already noted that I would not be addressing the Catholic Social Teaching concerning the respect due unborn life, as that has been  treated already in this Conference.  Rather, I will begin where Donum Vitae (the 1987 Instruction of the Congregation for the Doctrine of the Faith concerning ARTs) begins --  with the central principle of the dignity of the human person in its several aspects. Following this, and given the ways in which ARTs have developed over the past 19 years, I will suggest additional aspects of the social teaching on human dignity that might fruitfully be stressed in the current environment.
Donum Vitae considers ARTs  largely under the umbrella of the principle of the dignity of the human person. Two aspects of this principle receive particular attention: the dignity of the child and the necessity for the actual processes by which human life is transmitted to reflect this dignity. As to the first aspect, the dignity of the child is a reflection of his or her creation in God’s image. The human person is thus the highest thing in nature.  Furthermore, the person is a unity of body and soul.  Interventions upon the human body must always be considered according to this unity. Evaluated according to these standards, it is easy to see that ARTs contradict the dignity of the person.  The  child is being created in “man’s image,” according to the values of the market and of  technology.   The child’s genetic traits are selected, or selected against. Gametes and embryos are priced according to current worldly standards of value.  And the many physical interventions – even experimental processes – to which the child is subjected are not at all considered from the perspective of their total effects upon the child’s body/soul unity. 
Donum Vitae teaches that ARTs affect a second aspect of human dignity as well – how human life is transmitted.  Its transmission must reflect that human beings originate with God’s love – a selfless and faithful love -- and are destined for unity with God.  In the world, the only environment that can hope to reflect this, if still imperfectly,  is marriage.  Marriage can give rise to procreation by means of a personal and conscious act of human love, within a relationship defined by permanent, self-sacrificing love, and the capacity to nurture the child to adulthood within the context of this love.
These two aspects of human dignity remain the guiding principles for any Catholic Social Teaching consideration of ARTs.  In light of the increased volume of ARTs births today, however, and particularly in light of  new social and scientific developments in the practice of ARTs,  Catholic Social Teaching should bring forward  or stress certain additional aspects of the teachings on the dignity of the human person. I will note seven new developments.

First, considering  the more frequent resort to ARTs today, by nontraditional households – for example, by single parents and homosexual partners – the social teaching about the child’s right to be reared in a stable, two-parent, opposite-sex  environment ought to be stressed. The easy availability of ARTs for homosexual couples in the U.S. has even led some courts to conclude that states have abandoned completely any interest in preserving the connection between marriage and procreation.  Here, Catholic Social Teaching can derive some considerable help from the social science on child well-being. 

Second, the principle of the dignity of the child is also implicated more visibly today as a critical mass of studies have begun to emerge in the last few about the problematic physical and psychological effects of ARTs on children, the latter experienced more by children conceived with anonymous gamete donations.   The ARTs industry has not responded to this evidence.  It is unclear even whether they include it in the informed consent information provided to parents.  But in any event, they have not brought it to bear upon the health of the child.

Third, another important development in the practice of ARTs over the past 19 years concerns the principle of the dignity of women.  There is hard evidence of an international trade in the eggs of relatively impoverished women, for the benefit of wealthier women.  The procedures by which women are made to hyperovulate can be risky. Full informed consent is not always given them.  And in any event, the financial incentives induce poorer women to assume those risks they know.  It is further well known that women’s eggs are often evaluated and priced according to the progenitor’s physical beauty, in addition to her education, and to her proven ability to bear children.  The use of relatively poorer surrogates, and surrogates in less privileged racial groups also raises alarms about ARTs’ long-term effects upon the dignity of women.

Fourth, another modern trend regarding ARTs – their increasingly high cost – signals that Catholic Social Teaching on consumerism might need to be stressed today.  Via regular media reporting on the subject, the public has gained the impression that healthy babies of the desired sex can be made to order for wealthier parents.  A strong response to this fact is in order.

Fifth, some more recently available ART procedures are being used today even by those not suffering infertility, in order that parents might play a greater role in shaping the child’s make-up.  These include pre-implantation genetic diagnosis to avoid the birth of a disabled child, but also for sex selection in pursuit of “family balancing.”  Furthermore, more donor gametes area available and are being used, than ever before.  They are priced and selected according to a worldly evaluation of their worth.  There are also children born by means of ARTs who possess genes inserted into them from sources other than their biological parents. The birth of cloned human beings is a real possibility in the coming years as well. Catholic Social Teaching on the transcendent origins of the human person, and the gap between divine and human reason needs to be brought forward to meet this rush to create persons in man’s image alone.  Evidence regarding ARTs’ health effects on children, as well as evidence of the folly of sex –selection (e.g. China’s dramatic gender imbalance and its social effects) can be brought to bear on this.

Sixth, another modern development affecting ARTs laws and practices is the demographic decline being experienced today most acutely in prosperous Western nations. This might easily lead to a worsening of the tendency to view children in an instrumental way -- as commodities necessary for economic progress or the preservation of a culture.  Some nations already offer state aid for the use of ARTs as part of a population strategy.   Children’s intrinsic value, their nature as a gift for which adults’ assume responsibility, might easily be lost in such an environment. 

Seventh and finally, ARTs have gone unregulated or lightly regulated in many countries for several decades now.  Specialists in the field, as well as the public, increasingly assume that they are beyond public scrutiny.  In response to this, all of the resources that Catholic Social Teaching has to offer in this area need to be brought forward before this impression crystallizes further. My fourth and final point suggests both opportunities and hurdles for this Catholic Social Teaching task. I turn now to this.

IV. I propose that a very general model for understanding both the public’s past reception of Catholic Social Teaching regarding ARTs,  and its possible future reception, is offered by the history of our teaching regarding contraception.  Both topics face chronic difficulties arising from listeners’ unwillingness seriously to consider several Church teachings on sexual intercourse, particularly about the link between the unitive and its procreative elements of this intercourse,  and the necessity of the link between love and new life.   Difficulties also arise from an unwillingness to understand love as Pope Benedict XVI explains it in his marvelous Deus Caritas Est. Even that document understood that readers had first to be disabused of their inclination to connect love solely with emotional, sexual ecstasy, before  proceeding to teach of love’s essential nature as permanent, faithful, and directed to the good of the other.  People continue to ask:  “What’s the real harm?” of employing of contraception, or of ARTs.   Only over time did it seem that  many come to understand their effects.  With contraception it was the its long-term contribution to an extreme dissociation procreation from sex, to the skyrocketing rates of nonmarital sex, pregnancy and abortion, to the sexualization of even young girls and boys, to harmful health effects on  the bodies of women, and to the willingness of states to use contraception to control reproduction by certain segments of their population. In the U.S., just weeks ago, the federal government approved the distribution without a prescription of high dose birth control pills even to older men buying them for their minor sexual partners.  There is a greater receptivity to the notion that at the very least, contraception is not an unmitigated good, and at best, that it is socially  harmful.
While I do not want to overstate matters, perhaps now that some longer-term evidence about the industry values and the human consequences of ARTs has coming to light, perhaps now that cloning is on the horizon, the time has come for Catholic Social Teaching to take up ARTs in an increasingly visible manner.
Some current developments in the family law arena argue for this possibility.  In the past decade or so, there have arisen efforts– nascent but persistent – to move the law and social practices toward a more child-centered, and marriage centered focus.   There has been, in other words, a moving back toward laws and norms more prevalent in earlier 20th century. Parents are being urged to place children’s interests first, to avoid out-of -wedlock childbearing, to stay married, and to cooperate if divorced.  Strenuous legal efforts are being made to tie both biological parents, emotionally and financially, to their children.  
It turns out that a substantial number of adults and children are dissatisfied with their experience of modern family laws and values.  Social scientists looking at the data on the well-being of both adults and children, are provide ample empirical evidence of the harm caused by easy divorce,  out-of-wedlock parenting,  fatherless households,  and  even cohabitation.   For the first time in U.S. history, significant government money is flowing to fatherhood programs, abstinence education, marriage education, and the like. States are experimenting with programs to stabilize marriages before and after the wedding.
ARTs, on the other hand, freely dissociate procreation from marriage, prioritize parents’ desire for a child over the even the physical well being of the child, and operate as if parent’s primary relationship to children is best described in the language of “rights,” versus “responsibilities.”  In practice, ARTs also reject the natural priority society had always assigned to biological parents over all other would-be parents.
Yet, would not want to overstate the good news about current family trends. In many ways, the values inherent in ARTs are a natural fit with many laws and practices that swept into being during the later part of the 20th century. By these I mean to include the values represented by easy divorce, easy access to contraception including for single persons and minors, abortion on demand, and recently, legal recognition for cohabitation and same-sex unions.  I mean also to reference the increasing rates and acceptance of out of wedlock births, all types of nontraditional sexual partnerships, the increasing number of persons marrying later or not at all, and declining birthrates. Being from the U.S., I should also add that sodomy has even become a federal constitutional right in the early 21st century. With their tendency to vault adults’ interests above children’s, separate  procreation from sex, affirm the benefits of increased control over procreation, stress individual rights over group rights, and dethrone the values of  fidelity and self-sacrifice – these modern developments reinforce the values inhering in ARTs.  One further late 20th century casualty should be noted here too. The traditional willingness to derive norms about the family from its organic and historical shape fell away. It was replaced by a willingness to abdicate to technological experts and to individuals, decisions about what could be done within the family.
In this way, ARTs and modern family law and practices still complement and  mutually reinforce one another’s worst tendencies. And there are other hurdles as well to the advancement of Catholic Social Teachings concerning ARTS.  Scientific hubris and resistance to lay “interference,” is if anything, greater today than ever in this age of genetics.   Futhermore, couples today are as desirous as ever, even desperate, to have their “own” children.  And apparently they are not at all deterred by the price-tag for ARTs.   The current environment for reception of Catholic Social Teaching on ARTS is also hindered by the likelihood that the market for ARTs will improve via the continued flourishing and legalization of social practices and policies resulting in more infertility and infertile couples.  These include for example, premarital promiscuity, high rates of sexually transmitted diseases, abortion, later marriage, postponed childbearing, and legally recognized homosexual unions.  Not only did it become therefore, practically more difficulty to oppose the emotional desires of couples for children.  But it became nearly impossible to denounce certain ART practices, without simultaneously calling into question a host of other now socially-entrenched practices. 
I leave you, however, with two final thoughts regarding the outlook for our social teaching on ARTs. First, there appears to be relatively little awareness even in the Catholic community, let alone among the wider public, of Church teachings in this area (to wit the many parishioners, colleagues and even pro-life activists who have used ARTs).  Our situation really should improve with sustained efforts. Finally, intellectually, we are in a better position than ever to communicate our teachings on ARTs in the language of Pope John Paul II’s Theology of the Body.  It has what we call in the United States, “grass roots appeal,” and it has equipped many more Catholics than in the past with the necessary vocabulary and concepts for taking up our teaching about ARTs .

Professor Helen M. Alvare
Catholic University of America, Washington DC, USA
alvare@law.educ

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17 septembre 2007 1 17 /09 /septembre /2007 06:20
Introduction

When the 2004 Compendium of the Social Doctrine of the Church first fell into my hands some months before its promulgation, of the many pleasant “surprises” was the text’s specific mention and forthright condemnation of abortion, both in speaking of human rights and in speaking of the family as the sanctuary of life.  This grateful recognition of the mention of abortion was tempered by a reflection similar to that voiced by his Eminence, Cardinal Renato Martino, when he begins his invitation letter with the frank admission that “The social doctrine of the Church, to date, has not placed due emphasis on the defense of life from conception to its natural end.”

When I tell people that I teach Catholic Social Doctrine at a pontifical university, one of the most frequent questions I get, especially from Americans, is whether I include the topic of abortion in the course material.  As a matter of fact I do.  The paper is not meant, however, as an apologia for that personal decision, but rather as a reasoned argument for a greater emphasis on abortion within discussions on Catholic social thought.

In this paper I mean to treat two closely related questions.  The first would be the following: Does the discipline of Catholic Social Teaching include abortion and other life-related moral issues?  More fundamentally perhaps, what is the breadth, proper scope and limits of Catholic Social Teaching?  It obviously does not intend to embrace the whole of Christian morality, and has a specificity all its own.  Does this specificity extend to abortion?

The second question to be treated could read like this: If it does indeed include abortion, what is the distinct contribution of Catholic Social Teaching to the abortion debate?


I. Whether Abortion Falls under the Purview of Catholic Social Teaching

We can address this question from different angles.  I propose to do so specifically from three different perspectives: a historical perspective, a taxonomic perspective, and a virtue-centric perspective, analyzing the proper scope of Catholic Social Thought as regards the virtue of social justice.

A. Historical analysis

1. The so-called social encyclicals.  Lists and references.  They do not formally include Evangelium Vitae, for example.

2. Specific references to abortion in the social encyclicals.

3. The genesis and evolution of Catholic Social Thought from Rerum Novarum to Deus Caritas Est, and its broadening scope.  Early focus on the economic question, extending to the political, and moving into the socio-cultural and familial especially with Gaudium et spes.

B. Taxonomic analysis

1. The traditional breakdown of moral theology into fundamental and special, with the latter being further subdivided into sexual-marital ethics, life ethics, and social ethics.  The specificity and overlap among these fields.

- These academic distinctions, while very useful for focusing our moral attention and delineating disciplines, are not nearly as clear and neat as they may first appear.  Both sexual ethics and life ethics intersect and overlap with social ethics in significant ways.  Sexual morality has a public, social dimension.  In the proper sense, sexual ethics examines the correct use of human freedom in the area of sexual activity, with special emphasis on the virtue of chastity as the right ordering and integration of sexuality.  The nature of the human person as a sexual being, the purpose of the reproductive faculty, the morality of sexual conduct between spouses, between unmarried persons, between persons of the same sex, and with oneself all constitute the proper matter of this area of study.  At the same time, sexual and marital ethics also enter into the realm of Catholic social thought.  The family as the primordial human community and basic cell of society, the place of the institution of marriage in the social fabric, marriage and divorce laws, the recognition of “gay marriages” and civil unions and the adoption of children, constitute several of the many questions of sexual and marital ethics that properly fall within the competence and jurisdiction of Catholic Social Thought.

- A similar analysis can be applied to the second sector of special moral theology, that of life morality or bioethics.  While this area specifically explores (1) the morality of human activity touching on the beginning of human life (genetic manipulation, assisted reproduction, oocyte reprogramming, human cloning…), (2) medical and biological activity aimed at the preservation and betterment of human health (organ transplants, corporal mutilation, aesthetic surgery, “quality of life” issues, medical and pharmacological experimentation…), and (3) end-of-life ethics (palliative medicine, aggressive medical treatment, active and passive euthanasia, hydration and nutrition, assisted suicide…), it also has an important social dimension.  These become social questions when they are addressed in a legal or juridical context and insofar as they impinge on the common good and social justice.  Healthcare systems with their socio-political dynamics, medical malpractice, the allocation of resources, and medical legislation enter into this sphere.

2. The taxonomy of CST

a. Economy
b. Socio-cultural sphere
c. Family
d. Politics

3. Abortion as principally a question of life ethics (bioethics) with a necessary social component to be treated by Catholic Social Doctrine (social ethics).

C. Analysis from the perspective of social justice and the common good

1. Social justice as the central and specific virtue of CST.

2. The common good and its components.  The right to life.

3. Abortion as social injustice and an attack on the common good.


II. CST’s specific contribution to the abortion question

A. Abortion as a unique social phenomenon

Though closely tied to other issues, abortion is an emblematic and singular socio-ethical problem, with the following six characteristics that distinguish it from related social phenomena:

1. the elimination of innocent life (not enemies, as in war, or “guilty life,” as in capital punishment)
2. the absence of informed consent (as distinct from euthanasia or assisted suicide; the voiceless and most vulnerable)
3. the circumscription of an entire class of human beings (the unborn) as non-citizens excluded from the basic rights and protections accorded to all other human beings (similar to slavery, anti-Semitism, etc)
4. the sheer magnitude of the problem: some 45 million legal abortions, more than the sum of all war casualties in human history.
5. its legal sanction (unlike a social phenomenon like terrorism or serial killing, outside of the law)
6. its invisibility: unlike more apparent social ills (unemployment, divorce, etc) abortion is invisible and sterile.

B. Abortion and the law: as a legal “right”

- The purpose and competence of civil legislation is not the right ordering of all human conduct, but the right ordering of society and the advancement of the common good.  Respect for life is not only a component of the common good, but is in a sense the fundamental human right undergirding all other human rights.

- What does it mean for society to grant legal approval to the systematic elimination of unborn children?

3. Abortion and politics

- The question of single-issue politics: can one issue trump the rest?  Hierarchy and relationship among political issues
- the status of Catholic pro-choice politicians and their communion with the Church, including reception of the sacraments
- the “seamless garment” arguments
- “personally opposed but publicly favourable” articulated by Gov. Mario Cuomo
- imposition of personal morality or religious convictions on a pluralistic polity
- the distinct and complementary roles of the legislature and the judiciary
- the functioning and limits of the democratic process.  Is everything up for debate and subject to the fluid will of the majority?

Father Thomas D. Williams, L.C.
twilliams@legionaries.org

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